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Free plus fort que la Chine pour le filtrage du net

Par Rodolphe Vialles, le 04/01/2013

rodolphe vialles

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Le trublion français de l'internet et de la téléphonie mobile vient encore de faire parler de lui et pour une fois, pas de la meilleure des façons.

En effet le fournisseur d'accès à internet a activé depuis hier sur une nouvelle mise à jour de sa Freebox "révolution". Cette dernière bloque par défaut les publicités sur tous les sites Internet consultés par ses abonnés. Qu'il s'agisse d'une consultation sur un ordinateur, une tablette ou même un téléphone mobile relié à son réseau.

Une décision unilatérale qui créé un grand émoi sur l'Internet français. Pour la première fois on assiste au filtrage de l'internet français par un acteur du secteur. Même la Chine, pourtant en avance dans le domaine, n'a pas encore osé ! Free n'a pas du tout communiqué, n'informant pas ses usagers qu'il altérait désormais les pages web que ces derniers consultent.

Ce qu'on peut reprocher à Free, c'est qu'il est fournisseur d'accès à Internet, son rôle est donc de mettre en place les tuyaux de l'information pour relier ses abonnés aux services du web. Son rôle n'est pas d'être le censeur du web qui décide de son propre chef ce que doit voir ou ne pas voir l'abonné sur le réseau.

En outre cette option est activée par défaut sur les Freebox. Pour la désactiver il faut se rendre sur une interface de gestion, que très peu d'internautes connaissent, et au fin fond d'un menu, décocher l'option de filtrage.

Autant dire que le grand public ne décochera pas l'option. De plus le système est totalement obscur, on ne sait pas exactement ce que Free filtre. D'après les premiers retours il semble qu'il focalise sa rage sur les services de Google avec qui il est en conflit. Ainsi toutes les publicités qui viennent du géant américain ne s'affichent désormais plus. Comme un effet collatéral d'autres services, comme celui de mesure d'audience "Google Analytics" ne fonctionnait plus également.

Ce qui est cocasse c'est que les publicités sur le portail Free ou encore celles sur lemonde.fr (Niel est actionnaire) fonctionnent parfaitement et ne subissent pas les censures.

Free est donc en train de prendre en otage les internautes français pour mettre la pression sur Google. La bagarre fait rage depuis de long mois entre les deux à l'image de la piètre qualité de service que rencontrent les "freenautes" pour consulter des vidéos sur Youtube par exemple. Free souhaiterait que Google, gros consommateur de bande passante avec ses services, finance le réseau. Il vient donc de prendre une décision explosive et totalement irresponsable pour forcer la main de Google.

La ministre de l'économie numérique, Fleur Pellerin, a d'ores et déjà réagit, elle considère que l'activation par défaut de l'option de blocage n'est pas la meilleure. A ce titre elle recevra les services de Free et les éditeurs en ligne rapidement pour faire la lumière sur ce dossier.

Le FAI pose de nombreux problèmes en ayant sorti cette bombe sans réfléchir. D'une part sur le rôle même des fournisseurs d'accès à Internet. Doivent-ils être des censeurs du web, décidant seuls ce qui doit être vu ou pas vu ? La première étape concerne les pubs Google mais qu'en sera il demain ? Doit-il se substituer à l'internaute sur ces décisions ?  Cela pose un grave problème sur la neutralité du net.

Imagine t-on un pareil système pour la télévision ou la radio où un diffuseur couperait tout seul les publicités des émissions ?

Le filtrage du net est aujourd'hui l'apanage de "grandes démocraties" comme la Chine ou la Corée du Nord, Free donne aujourd'hui un très mauvais signal et déborde largement de ses missions de FAI. Il montre aussi à nos gouvernants que le filtrage à la source du web est techniquement possible et pas compliqué à mettre en oeuvre, nous préparant un bel Internet libre et ouvert pour demain...

L'économie numérique s'est en outre en grande partie développée autour d'un modèle "gratuit" pour les internautes. La publicité joue un rôle déterminant pour des milliers de sites Internet leur permettant de se financer. Si un tel système était pérennisé il va sans dire que la très grande majorité des sites web n'y résisteraient pas, à commencer par ABC Bourse bien entendu.

La fonctionnalité de blocage est en version bêta, ce qui signifie qu'elle pourra être supprimée rapidement des Freebox. Nous verrons dans les prochaines semaines quelle sera l'attitude des pouvoirs publics sur ce dossier et l'effet du chantage sur Google qui bien évidemment ne va pas se laisser faire. A suivre mais triste jour pour l'internet français.

 


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