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L'UE ouvre la boite de Pandore à Chypre

Par Rodolphe Vialles, le 17/03/2013

rodolphe vialles

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Chypre vient de se voir accorder un plan de sauvetage financier par l'Union Européenne et le FMI ce week-end. C'est la cinquième pays de la zone euro qui en passe par cette étape, car exsangue financièrement. Les banques doivent être recapitalisées en urgence, elles se tournent vers l'Etat ce qui provoque sa faillite en bout de chaine.

Europe et FMI volent donc à la rescousse de la petite île méditerranéenne (1,1 million d'habitants) pour ne pas reproduire les erreurs du passé et notamment les longs atermoiements sur la Grèce à l'époque qui avait miné la confiance dans la zone euro.

Le plan d'aide est monté en un temps record mais en imposant des conditions jamais vues jusqu'à présent. Les dirigeants européens ont beau nous expliquer à chaque fois que la situation est exceptionnelle, cela fait désormais beaucoup d'exceptionnel (La Grèce, l'Irlande, le Portugal, l'Espagne, etc.).

Jusqu'à présent les dirigeants européens procédait assez facilement à des aides financières ou dans le cas de la Grèce à une décote sur les créances publiques, là nous avons franchi un cap important puisqu'il s'agit de puiser directement dans les comptes bancaires ! Une mesure qui paraissait incroyable il y a quelques jours est qui est devenue réalité en quelques heures.

Le plus cocasse si on peut dire, c'est que Chypre se retrouve en grande difficultés depuis la restructuration de la dette grecque décidée par cette même Europe. Les abandons de créances ont plombé les banques de lîle de façon importante car elles étaient en première ligne.

Quand les chypriotes se sont réveillés samedi matin, il y avait un vent de révolte dans le pays et la gueule de bois était sévère. Le plan de l'UE et du FMI prévoit que tous les comptes bancaires dont l'encours est inférieur à 100.000 euros se verront ponctionner 6,75% de leur argent, pour les comptes supérieurs à 100.000 euros ce sera 9,9%. Les détenteurs de dette chypriote on été épargnés, pas les citoyens.

On a longtemps mis en avant le statut de paradis fiscal de l'île pour justifier un plan dur, il est de notoriété publique que les oligarques russes y ont déposé des milliards (on évoque 15 à 20 milliards d'euros). Mais Chypre c'est aussi un million d'européens, de l'étudiant au chef d'entreprise, en passant par le retraité ou la femme au foyer. Toutes ces personnes vont donc payer directement, avec prélèvement d'office sur leurs avoirs bancaires ou leur épargne.

Pour mieux mettre la chose en lumière, imaginez que votre compte bancaire contient 5000 euros et que vous ayez un livret A de 10 000 euros et bien du jour au lendemain on vous prélève (on peut quasiment parler de vol) 350 euros sur votre compte bancaire et 675 euros sur votre livret ! De quoi être un brin énervé alors que jusqu'à présent on n'a cessé de vous expliquer que l'euro vous protégeait, qu'il y avait des garanties sur les comptes bancaires, que la BCE était le prêteur en dernier ressort. Bref il y avait de nombreux barrages, et l'épargne comme les liquidités des citoyens était en sécurité.

Les chypriotes se précipitent dans les banques tout le week-end pour retirer un maximum d'argent. Une manoeuvre qui ne servira à rien au final car les sommes sont déjà bloquées sur les comptes. Pour mieux faire avaler la pilule, l'Etat distribuera des actions des banques en contrepartie de ce prélèvement. Des actions qui ne devraient pas valoir grand chose dans l'immédiat.

Le parlement de Chypre n'a pas encore voté cette loi, il devrait le faire d'ici lundi et avant l'ouverture des banques prévue mardi (lundi est férié). Les 56 députés ont une lourde responsabilité à endosser et les discussions s'annoncent houleuses.

L'Europe a donc ouvert la boite de Pandore avec cette nouvelle arme de résolution de crise financière, piocher directement dans la poche des déposants en protégeant les créanciers (les banques globalement). Les conséquences, difficiles à évaluer, pourraient être incalculables en terme de confiance dans le système bancaire de la zone euro.

Pour Chypre, le mal est en passe d'être fait. Mais pour l'Espagne, le Portugal ou encore l'Italie, les pays les plus en difficultés, à quoi peuvent s'attendre les citoyens dans les mois à venir. Que se passera-t-il si leur pays demande une nouvelle aide et se voit imposer ce type de conditions ? Honnêtement si j'étais dans leur cas je me poserais la question de diversifier mes dépôts bancaires dans des zones sûres. Pourquoi pas en Allemagne, en Norvège ou à l'autre bout du monde ? Il faut sans doute s'attendre dans les mois à venir à des grands mouvements de capitaux vers l'extérieur de la zone euro. Chypre apparait en tout cas comme une expérimentation de l'Europe sur un petit territoire, et en fonctions des résultats, il n'est pas exclu que la solution ressorte un jour.

La France n'en est pas encore là, mais la question peut être posée à la lumière de ce précèdent chypriote. Avec ses 1400 milliards d'euros d'encours d'assurance-vie, les 600 milliards sur des livrets divers ou encore les 577 milliards d'euros de dépôts à vue (les comptes bancaires) il y a déjà de quoi bien se faire plaisir.


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