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Epargne : peut-on avoir confiance en l'Etat ?

Par Rodolphe Vialles, le 11/10/2013

rodolphe vialles

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Peut-on avoir confiance en l'Etat pour notre épargne ? Le lecteur sur Internet veut que ça aille vite alors je vais lui en donner pour son argent en répondant d'emblée "non" à cette question.

Le gouvernement socialiste vient de donner un signal fort aux français cette semaine avec le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2014, annonçant comme si de rien n'était une spoliation de l'épargne financière dans des modalités inédites à ce jour.

De quoi s'agit-il ? Jusqu'à présent les revenus issus de l'épargne longue et capitalisés dans un support (assurance-vie, PEA, PEE, PERCO, etc.) étaient soumis aux prélèvements sociaux (CSG, CRDS, etc.) en fonction de la date de génération de ces revenus. Ainsi, les sommes gagnées avant 1996 ne supportent pas de prélèvement, de 1997 à 1998 ils sont de 3,9%, de 1998 à 2004 de 10%, etc. jusqu'au taux actuel de 15,5%. La situation va changer drastiquement avec la mesure présentée en catimini et qui pour Bercy n'est qu'une "simplification", il s'agit alors d'imposer au taux unique de 15,5% de prélèvements sociaux tous les gains depuis 1997 !

La rétroactivité fiscale est choquante en soi, mais que dire quand elle remonte sur 17 ans ! Que la parole de l'Etat n'a aucune valeur, et que c'est un dangereux précédent qui rompt complètement la très fine relation de confiance qui existait encore entre les épargnants et l'Etat.

Philosophiquement l'épargne longue a toujours été préférée à celle de court terme par les gouvernements. C'est tout à fait logique, cela apporte une stabilité de financement aux rouages économiques et ne favorise pas la spéculation de court terme. On a longuement expliqué aux français qu'il fallait épargner, que l'assurance vie ou le PEA étaient des supports permettant de placer à long terme avec des contraintes fiscales allégées. Et puis voila, quand tout le monde à mis au pot, d'un trait de plume on revient 17 années en arrière pour les spolier.

On punit ainsi l'épargnant qui a joué la prudence et a été un bon petit soldat, on punit celui qui a songé à préparer sa retraite à travers un PEE ou un PERCO pour pallier à la quasi faillite des régimes généraux. De l'autre côté du spectre on peut faire du day trading toute la journée et spéculer en effet de levier maximum, on n'est même pas touché par la taxe sur les transactions financières. Non pas que je défende cette dernière mais d'une part elle a raté sa cible et d'autre part elle ne constitue en fait qu'une taxe de plus sur l'épargnant de moyen et long terme.

Dans le même temps, le gouvernement veut mettre en avant le PEA-PME et continue officiellement d'encourager l'épargne longue. Un comportement complètement schizophrène !

Dès lors qu'il n'y a plus de sécurité juridique en matière fiscale on peut se dire que tout peut arriver du jour au lendemain et faire un peu de prospective. Ceux qui nous juraient la main sur le coeur en 2012 que la situation chypriote n'arriverait jamais en France commencent à réfléchir à des plans machiavéliques en coulisses.

Ainsi, le FMI vient de publier un rapport détonnant sur l'endettement des Etats et la façon de régler le problème. Considérant que l'endettement des pays riches a atteint un niveau insoutenable, le fonds voit une solution simple, ponctionner toute l'épargne disponible de 10% du jour au lendemain. Un énorme prélèvement, en une fois, pour revenir à des endettements soutenables.

L'épargne financière des français qui sont de vrais fourmis (hors immobilier donc) est d'environ 5000 milliards d'euros, 10% ça donne 500 milliards soit environ 25% du montant de la dette totale de la France. Séduisant pour un politique ! Et de quoi afficher du jour au lendemain de beaux ratios d'endettement à Bruxelles, mais sans doute au prix d'une révolution ! Le problème c'est qu'au rythme des dérapages budgétaires, il faudra recommencer la manoeuvre tous les cinq ans...


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