
Bien que le monde entier se concentre sur ce qui passe actuellement au Moyen-Orient, le Brésil pourrait attirer notre attention au cours des prochains mois et même au-delà de l'année 2026. Le plus grand pays d'Amérique latine fait face à une échéance majeure : les élections présidentielles d'octobre prochain qui s'annoncent tendues entre le candidat sortant Lula (Parti des Travailleurs) et le fils Jair Bolsonaro, Flávo (Parti libéral). Elles pourraient reconfigurer le paysage politique et géopolitique. D'autant plus que la Chine et les États-Unis vont scruter de près.
Alors que l'indice Bovespa affiche une résilience sur les dernières années, le risque politique pourrait planer de nouveau. Comme les marchés ont horreur de l'incertitude, l'attentisme serait de mise jusqu'au jour de l'évènement. Le duel entre les deux protagonistes montre deux visions opposées sur le plan économique, mais offre des opportunités d'investissement. Le marché actions brésiliennes devient un champ de bataille entre le modèle social à coup de subventions publiques et le virage « Trumpisme » où le côté pragmatique prédomine. Voyons quels secteurs clés privilégier en fonction du vainqueur potentiel.
Pourquoi ces élections sont importantes ?
Le duel qui se profile, intervient au moment où l'extrême droite progresse en Amérique Latine. Le Chili et l'Argentine ont basculé dans ce camp lors des dernières élections majeures. Le Brésil n'échappe pas à la polarisation politique. D'un côté, nous avons un candidat sortant dont son état de santé, son âge et la lassitude institutionnelle ont entaché sa popularité, qui promet la continuité de son programme axé sur la demande interne et l'investissement public. À l'opposé, Flávo Bolsonaro souhaite suivre les pas de son père, en prônant une économie pro-business soutenu par des réformes de dérégulation ainsi que dans la sécurité intérieure. Nul doute qu'il s'inscrit dans ce virage à la fois pragmatique et idéologique influencée par le Trumpisme.
Le Brésil va-t-il suivre cette tendance en octobre prochain ? La victoire de Flávo Bolsonaro influencerait les choix sectoriels à l'intérieur de la Bourse brésilienne en accélérant vers un modèle de privatisation propice au libre-échange. Elle ferait les affaires de Donald Trump dans la lutte d'influence sur le continent entre la Chine et les États-Unis. En ce sens, le Brésil serait amené à réaliser des concessions pour ne pas entraver ses relations entre les deux grandes puissances. La Chine doit user de son intelligence face à cette nouvelle pièce du puzzle.
Les secteurs clés gagnants selon le vainqueur potentiel
Il risque d'y avoir du sport sur le marché actions brésiliennes, une fois que les élections présidentielles rendront leur verdict. Selon le vainqueur potentiel, des secteurs se démarqueront. Dans l'hypothèse que la continuité l'emporte, l'effort se portera sur deux piliers : la consommation et les entreprises publiques. La première bénéficierait d'une politique orientée sur le pouvoir d'achat et d'une politique monétaire moins restrictive. En ce qui concerne les secondes – notamment les géants des matières que sont Petrobras (PBR) et Vale (VALE), sous la coupe de Lula, pourraient tirer les ficelles des tensions géopolitiques au Moyen-Orient.
À l'inverse, une victoire de Flávo Bolsonaro ouvrirait les portes à une politique économique portée par la dérégulation et de privatisation des entreprises. Les banques en sortiraient par la grande porte, à l'instar d'Itaù Unibanco (ITUB) et Banco Brandesco (BBD) qui profiteraient d'une politique monétaire plus agile sur les taux d'intérêt et d'une potentielle réforme fiscale propice à la hausse du pouvoir d'achat. Dans la même industrie, avec une version plus innovante, la FinTech Nu Holdings (NU) constitue aussi une cible de choix. Ensuite, l'énergie et les utilities jouiraient des leviers de la privatisation : une moindre dépendance de l'État dans leur stratégie et l'ouverture de la concurrence. Enfin, Taurus Amas (TASA4) capitaliserait sur le virage sécuritaire influencé par Donald Trump.
En conclusion, les actions brésiliennes retrouvent de l'attractivité depuis la crise Covid. Cette dynamique s'explique par la stabilité de la politique monétaire menée par la banque centrale brésilienne, dont la capacité à maîtriser l'inflation renforce sa crédibilité, sans occulter le statut de grande puissance régionale en Amérique Latine, ainsi que la baisse du dollar. Bien que cela n'engage que moi, les mois précédant les élections présidentielles en octobre prochain, pourraient se révéler volatils, ce qui pousserait les investisseurs à tempérer leurs ardeurs à une exposition conséquente. Quelle que soit l'issue, des opportunités d'investissement existeront. La seule incertitude à lever consistera à déterminer quels secteurs privilégier en fonction du vainqueur potentiel.