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Actualité publiée le 22/10/26 08:53

Accises sur le tabac en Belgique : des prix record, des recettes qui déçoivent et une industrie en mutation

Peu de produits illustrent aussi bien les limites de la fiscalité comportementale que le tabac. En Belgique, les hausses successives d'accises ont fait grimper le prix du paquet à des niveaux inédits. Mais les recettes de l'État n'ont pas suivi la trajectoire espérée, et l'industrie, de son côté, accélère sa transformation.

Précision utile : le tabac est un produit nocif réservé aux adultes. Cet article aborde uniquement ses aspects économiques et fiscaux.

Un paquet passé de 7,50 à 13 euros

Selon le rapport intermédiaire de la stratégie interfédérale « pour une génération sans tabac », publié en 2026, le prix d'un paquet de 20 cigarettes est passé d'environ 7,50 euros à 12 euros début 2026. Certaines références atteignent même 13 euros. La hausse la plus brutale a eu lieu en 2024 : l'augmentation d'accises entrée en vigueur au 1er janvier représentait environ 2 euros par paquet, et a été répercutée par étapes dans les rayons au cours de l'année.

La structure de la taxe a aussi changé. La Belgique a réduit en trois étapes la part ad valorem de l'accise sur les cigarettes, de 40,04 % à 31,50 % au 1er janvier 2025, en compensant chaque fois par une hausse de l'accise spécifique, un montant fixe par unité. Cette évolution, menée en concertation avec le Luxembourg dans le cadre de l'Union économique belgo-luxembourgeoise, suit la recommandation de l'OMS de privilégier les taxes spécifiques, qui renchérissent davantage les produits bon marché.

En 2026, aucune nouvelle hausse d'accises n'a été décidée. Les augmentations observées en magasin proviennent surtout des prix fixés par les fabricants, sur lesquels la TVA s'applique mécaniquement.

Le paradoxe des recettes

Sur le papier, plus d'accises devrait signifier plus de recettes. La réalité belge est plus nuancée. D'après les chiffres du SPF Finances repris par la presse, les recettes d'accises sur le tabac sont passées de 2,737 milliards d'euros en 2023 à 2,555 milliards en 2024, alors que le budget tablait sur 3,247 milliards. L'écart par rapport à l'objectif approche donc les 700 millions d'euros.

Le rapport du plan tabac reconnaît d'ailleurs que les taux de 2024 avaient été choisis pour se situer au niveau théorique de recettes maximales : au-delà, toute hausse supplémentaire risquait de faire baisser le rendement.

Les fuites vers l'étranger

L'explication principale tient en un mot : la frontière. Avec un paquet souvent vendu plusieurs euros moins cher au Luxembourg, une partie des fumeurs achète désormais hors de Belgique. Une étude réalisée pour Cimabel, la fédération des fabricants de cigarettes belgo-luxembourgeois, estime qu'au quatrième trimestre 2025, 44,4 % des cigarettes consommées en Belgique avaient échappé au fisc belge, soit parce qu'elles avaient été achetées à l'étranger, soit parce qu'il s'agissait de contrefaçons. Ces dernières représenteraient 4,6 % de la consommation, contre 1 % fin 2024. Ces chiffres émanent du secteur lui-même et doivent être lus avec prudence.

Pour les commerçants belges proches des frontières, l'effet est direct : moins de ventes de tabac, et moins de ventes annexes. L'interdiction d'exposition en vigueur depuis avril 2025 a encore accentué la pression sur les librairies et stations-service.

Le pari du tabac chauffé

Face à la baisse structurelle de la cigarette en Europe, les grands groupes ont réorienté leur modèle. Le cas de Philip Morris International est le plus parlant : en 2025, ses produits dits « sans fumée », dont le tabac chauffé IQOS, ont généré 16,85 milliards de dollars, soit 41,5 % de son chiffre d'affaires net total de 40,65 milliards. Il y a dix ans, elle était encore marginale. British American Tobacco, avec glo et Vuse, et Japan Tobacco International, avec Ploom, poursuivent la même stratégie.

Pour les investisseurs, ces produits sont devenus le principal relais de croissance du secteur. Mais la fiscalité les rattrape. En Belgique, le plan tabac vise explicitement à réduire les écarts de prix entre les différents types de produits, et les arômes sont interdits dans le tabac chauffé depuis octobre 2023 dans toute l'Union européenne.

L'Europe veut relever les minima

Le prochain choc pourrait venir de Bruxelles. En juillet 2025, la Commission européenne a proposé de réviser la directive sur la taxation du tabac. Le minimum pour les cigarettes passerait à 215 euros par 1 000 unités, et le tabac chauffé, les liquides de cigarettes électroniques et les sachets de nicotine seraient pour la première fois soumis à des minima harmonisés. La fiscalité restant une matière d'unanimité, le texte est toujours bloqué au Conseil en octobre 2026. Le Parlement européen, simplement consulté, n'a pas réussi à adopter de position en juin.

Si la réforme aboutit, elle réduirait surtout l'écart avec les pays où le tabac est le moins taxé, et donc l'intérêt des achats transfrontaliers.

Ce qu'il faut retenir

Le marché belge du tabac se trouve à un tournant. Les prix ont atteint un niveau où chaque hausse supplémentaire rapporte peu, voire rien, au budget. Les achats à l'étranger pèsent lourd, et l'industrie mise sur des produits alternatifs que le législateur commence à encadrer. Pour suivre l'évolution concrète des prix et des marques sur le marché, les catalogues de distributeurs comme Capalus offrent un aperçu des gammes de cigarettes disponibles.

Pour l'État comme pour les entreprises du secteur, la question n'est plus seulement de savoir jusqu'où monter les taxes, mais comment harmoniser la fiscalité à l'échelle européenne.

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