La Chine menace désormais ouvertement la France de représailles commerciales si Paris persiste dans sa politique visant la mode ultra-éphémère. Dans une nouvelle déclaration publiée le 10 septembre, les autorités chinoises ont dénoncé le projet français et averti qu'elles pourraient prendre des mesures de rétorsion à l'encontre de la France.
Pékin multiplie les avertissements à mesure que le projet de loi français contre la fast fashion se précise. Les autorités chinoises dénoncent en effet une mesure qu'elles considèrent comme discriminatoire à l'égard des entreprises chinoises, principalement Shein et Temu, tandis que se précise la perspective d’un différend commercial entre la France et l'un de ses principaux partenaires économiques.
Shein, seule entreprise véritablement visée ?
L'objectif affiché du texte français semble, a priori, légitime : lutter contre la surproduction textile, limiter les effets de la mode jetable et responsabiliser les acteurs dont le modèle repose sur un renouvellement permanent des collections et des prix très bas. Pourtant, à y regarder de plus près, les principales entreprises visées sont des plateformes chinoises, au premier rang desquelles Shein et Temu, tandis que les enseignes historiques du prêt-à-porter français et européen sont dans l’ensemble épargnées.
Or ces dernières produisent elles aussi une part importante de leurs vêtements en Asie, parfois dans les mêmes pays et auprès de chaînes d'approvisionnement comparables. Une différence de traitement qui interroge : cette loi s'applique-t-elle réellement aux pratiques du secteur et à leurs conséquences environnementales, ou vise-t-elle prioritairement certains acteurs en raison de leur origine ? Aucun doute pour Pékin qui, dès les premières étapes de l'examen parlementaire, a dénoncé le risque d’un traitement discriminatoire, inquiétudes encore accentuées lorsque le Sénat français a renforcé les dispositions visant les plateformes de vente en ligne chinoises. Shein, par la voix de l’un de ses représentants français, avait d’ailleurs estimé à l’époque être « la seule » réellement visée par le texte.
Une loi recentrée sur les plateformes chinoises
Le texte adopté définitivement par le Sénat le 29 juin 2026 ne vise plus l'ensemble de la fast fashion, mais la catégorie plus étroite de l'« ultra-fast fashion ». Les dispositions retenues reposent notamment sur deux critères cumulatifs : le nombre élevé de références proposées et la faible incitation à réparer les produits. Elles prévoient un malus environnemental ainsi qu'une interdiction de publicité à compter du 1er janvier 2027 pour les entreprises concernées.
Or, ce recentrage est précisément ce qui alimente les critiques, Huang Ling, porte-parole du ministère chinois du Commerce, y voyant des mesures susceptibles de « fausser gravement la concurrence loyale ». Intentions que ne fait même pas mine de dissimuler le législateur français : au Sénat, plusieurs parlementaires ont ainsi reconnu que la définition retenue avait pour effet de distinguer les plateformes chinoises des enseignes « traditionnelles » du prêt-à-porter, avec pour objectif de cibler les acteurs proposant le plus de références, tout en préservant les entreprises françaises et européennes.
Mais Paris peut-elle vraiment prendre le risque de contrarier Pékin ? En 2025, les exportations françaises vers la Chine ont représenté 23,95 milliards d'euros, contre 73,65 milliards d'euros d'importations. Le déficit commercial français avec la Chine atteignait ainsi près de 49,7 milliards d'euros. Ces chiffres illustrent le poids des échanges bilatéraux, mais aussi et surtout leur déséquilibre. La Chine est un fournisseur majeur de l'économie française. Elle constitue en outre un marché important pour certaines filières françaises : aéronautique, luxe, cosmétiques, agroalimentaire, vins et spiritueux ou équipements industriels. Secteurs pour lesquels l'accès au marché chinois représente un enjeu commercial considérable.
S’il semble évident que lois françaises doivent pouvoir s'appliquer aux entreprises opérant sur le territoire national, quelle que soit leur nationalité, elles doivent également respecter une forme de proportionnalité. En l’occurrence, cette loi anti fast fashion, pour s’éviter les foudres de la Chine, devrait donc s'appliquer à l’ensemble des acteurs dont les pratiques génèrent des externalités négatives, indépendamment de leur origine. D’autant que réduire la visibilité ou augmenter le prix des produits de certaines plateformes tout en épargnant d’autres acteurs devrait nécessairement échouer à transformer les chaînes de production mondiales, les consommateurs n’ayant qu’à se reporter sur les plateformes non concernées. Et donc échouer à réduire l’impact environnemental de l’industrie textile, responsable de près de 10 % des émissions mondiales de GES.
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