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Actualité publiée le 18/08/26 16:14

Blackcat teste une approche européenne différente alors que la France réorganise son système de paiement

La France transforme son système de paiement grâce à de nouvelles réglementations, à la collaboration financière et à des investissements dans les infrastructures de paiement européennes. Le partenariat entre Blackcat et Papaya Ltd est un cas d’étude utile de la manière dont l’infrastructure réglementée d’un établissement de monnaie électronique peut soutenir à la fois une marque de fintech grand public et des services de paiement destinés à d’autres établissements financiers réglementés.

En 2025, le marché français des paiements a connu des changements significatifs. Depuis octobre 2025, les banques de la zone euro proposant des virements bancaires classiques doivent également proposer des virements rapides. La vérification du bénéficiaire est devenue obligatoire pour les prestataires de services de paiement de toute la zone euro à compter de cette même date, mais les établissements de paiement et de monnaie électronique ont jusqu’en avril 2027 pour se conformer à l’obligation distincte d’effectuer et de recevoir des paiements rapides. La fréquence des virements instantanés en France a augmenté de 70 % au premier semestre 2025, favorisée par l’alignement des tarifs sur ceux des virements classiques. Parallèlement, la fraude aux paiements par manipulation a augmenté, contraignant les banques et les régulateurs à considérer la rapidité et la sécurité comme indissociables.

La réaction française est largement axée sur l’échelle et l’organisation. Les banques mettent en place Wero en tant que système européen de paiement de compte à compte, mais la Banque de France continue de considérer les paiements comme une question d’autonomie stratégique. Les atouts existants de la France comprennent d’importants groupes bancaires, le réseau national de cartes CB et une infrastructure publique-privée de prévention de la fraude. Dans cette stratégie, la modernisation est menée par des organisations qui disposent déjà d’une large base de clients et de mécanismes de paiement bien établis.

Les objectifs du Conseil européen des paiements (EPC) reflètent cette orientation européenne plus large. Le directeur général Giorgio Andreoli a annoncé le lancement du service d’annuaire de l’EPC, précisant que cette initiative visait à renforcer l'interopérabilité entre les systèmes de paiement européens. Dans ce contexte, des entreprises telles que Papaya Ltd tentent de développer des modèles commerciaux fondés sur un accès réglementé à une infrastructure de paiement partagée plutôt que sur des réseaux de paiement privés.

Ce même cadre réglementaire européen autorise de nombreux modèles commerciaux. Une nouvelle approche associe une marque de fintech grand public à l’infrastructure réglementée d’un établissement de monnaie électronique agréé, tout en fournissant des services de paiement à d’autres établissements financiers réglementés. Blackcat, une marque de fintech lancée par la société maltaise Papaya Ltd, illustre comment cette stratégie est mise en œuvre dans la pratique.

Plus qu’un simple changement de nom

En mars 2026, Blackcat a annoncé l’achèvement de sa transition depuis le nom Blackcatcard et ce que l’entreprise décrit comme une application repensée s’appuyant sur de nombreux portefeuilles. La plateforme propose désormais des comptes en euros, des cartes, des virements SEPA et une architecture multi-portefeuilles via une interface unique. Les utilisateurs peuvent créer de nombreux portefeuilles à des fins différentes plutôt que de gérer toutes leurs activités à partir d’un seul solde.

En conséquence, l’argumentaire client est plus large que la notion axée sur la carte représentée par l’ancien nom. Cependant, l’avancée la plus importante ne réside pas dans l’application elle-même. Papaya Ltd utilise la même infrastructure de paiement réglementée qui soutient la marque grand public Blackcat pour fournir des services de paiement à d’autres établissements financiers réglementés.

Blackcat n’est pas une banque et n’est pas un établissement financier agréé. Papaya Ltd, un établissement de monnaie électronique agréé à Malte, fournit des comptes en euros réglementés, de la monnaie électronique et des services de paiement. La tarification et les documents juridiques en vigueur identifient Papaya comme l'émetteur de la monnaie électronique de Blackcat et précisent que les fonds détenus sur les comptes de monnaie électronique sont protégés conformément aux normes applicables.

Pour un utilisateur particulier, cette distinction a des implications pratiques. Pour un régulateur ou une entreprise cliente, elle est cruciale.

Transformer l’accès aux paiements en une activité commerciale

En plus de l’application grand public Blackcat, Papaya Ltd a commencé à proposer une offre de services de correspondance destinée aux établissements financiers réglementés souhaitant accéder aux réseaux de paiement en euros.

Selon l’approche de Papaya Ltd., le service s’adresse aux établissements financiers réglementés qui ont obtenu les licences appropriées mais ne disposent pas encore d’un accès concret au SEPA. Plutôt que d’enregistrer chaque utilisateur final d’un établissement client, Papaya établirait une relation avec l’établissement réglementé et fournirait une connectivité de paiement, des IBAN virtuels et l’infrastructure associée. Ce concept a ensuite été présenté lors du salon Money20/20 Europe en juin.

Papaya participe à la fois aux protocoles de virement SEPA et de virement instantané SEPA. Cette participation constitue un aspect important de l'infrastructure qui sous-tend l'offre de services de correspondance bancaire de Papaya Ltd, mais elle n'implique pas que toutes les étapes de compensation et de règlement soient assurées sans le recours à des prestataires externes.

Il s’agit d’une initiative stratégique plus importante que le lancement d’une nouvelle fonctionnalité destinée aux particuliers. Cela montre que Papaya Ltd opère à deux niveaux.

Elle propose des comptes grand public, des portefeuilles, des cartes et des virements. Au niveau institutionnel, elle vise à monétiser les systèmes qui fournissent ces services. La même structure réglementée pourrait ainsi générer des revenus provenant des utilisateurs particuliers, des comptes professionnels et des institutions financières tierces.

Ce n’est pas le modèle économique d’une application grand public gratuite. C’est le modèle économique d’un prestataire de services réglementé qui intègre dans sa tarification le coût de la complexité juridique, réglementaire et opérationnelle.

Une position potentiellement précieuse, mais difficile à tenir

L’opportunité est évidente. De nombreuses fintechs européennes peuvent créer une interface plus rapidement qu’elles ne peuvent garantir un accès constant aux systèmes de paiement, aux partenaires bancaires et à une infrastructure de comptes conforme. Un fournisseur qui dispose déjà de ces éléments peut vendre bien plus qu’un simple logiciel.

Cependant, ce modèle comporte plusieurs dangers.

Le premier est d’ordre opérationnel. Servir les clients tout en établissant des liens avec d’autres institutions financières impose des exigences distinctes à la même infrastructure. Les clients particuliers souhaitent une assistance cohérente et simple. Les clients institutionnels attendent des niveaux de service, une traçabilité, des rapports et une responsabilité sans ambiguïté en cas d’échec des paiements.

Une autre difficulté est d’ordre réglementaire. Les IBAN virtuels et les accords de type « correspondant » peuvent faciliter le rapprochement comptable et les services transfrontaliers, mais ils peuvent susciter des inquiétudes.

Le troisième aspect est d’ordre économique. Blackcat ne publie pas suffisamment d’informations pour déterminer la taille de l’entreprise. Les informations actuellement disponibles ne comprennent pas le chiffre d’affaires, la rentabilité, les volumes de paiement, le nombre de clients institutionnels actifs, ni la part des revenus générés par les activités de détail et B2B. Elles ne fournissent pas non plus les statistiques de performance nécessaires pour évaluer l’automatisation de la conformité, la disponibilité du système ou le taux d’échec des transactions.

L’entreprise présente son architecture comme incluant l’intégration automatisée, les contrôles des risques et la conformité intégrée. Ces affirmations peuvent revêtir une importance commerciale, mais les documents fournis ne permettent pas à un lecteur externe d’évaluer leurs performances ni de déterminer dans quelle mesure elles reposent sur l’intelligence artificielle plutôt que sur des règles traditionnelles et une évaluation humaine.

Pourquoi cette affaire est-elle importante en France ?

Blackcat n’est pas un concurrent direct de Wero, et rien ne justifie de le présenter comme une menace pour le secteur bancaire français. La comparaison est également utile pour une autre raison.

La France est en train de réorganiser le système des paiements en tirant parti de la taille du secteur bancaire, des infrastructures partagées et de la coordination gouvernementale. Papaya Ltd adopte une approche différente : elle s'appuie sur son accès direct au SEPA pour permettre la connectivité des paiements avec d'autres établissements financiers réglementés, via un modèle de services de correspondance reposant sur l'infrastructure déjà éprouvée via la plateforme grand public Blackcat.

La robustesse de l’infrastructure sous-jacente sera plus importante que l’application grand public pour la réussite de la stratégie. Papaya Ltd devra garantir un accès constant aux réseaux de paiement, répondre aux exigences de conformité croissantes et développer son activité de services de correspondance tout en continuant à soutenir ses partenaires institutionnels et la plateforme grand public Blackcat.

Blackcat a déjà dépassé le modèle d'une simple carte prépayée dotée d'une meilleure interface. Derrière cette marque grand public, Papaya Ltd se positionne non seulement comme un établissement de monnaie électronique, mais aussi comme un fournisseur d’infrastructures de paiement pour d’autres établissements financiers réglementés. On ignore si cette approche pourra être déployée à grande échelle, mais elle reflète une tendance plus large dans le secteur européen des paiements, où l’accès aux infrastructures pourrait devenir aussi important que l’innovation destinée aux consommateurs.

Pour les lecteurs français, c'est peut-être là l'aspect le plus intrigant de cette histoire. Alors que les paiements instantanés s'imposent comme la norme à travers l'Europe, la concurrence devrait venir non seulement des grandes banques et des initiatives nationales en matière de paiement, mais aussi d'institutions spécialisées et réglementées qui développent de nouveaux modèles économiques fondés sur l'accès aux infrastructures de paiement.

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