
(ABC Bourse) - Le géant ferroviaire Alstom traverse une zone de turbulences. Après un avertissement sur ses objectifs, le titre s’effondre en Bourse et relance les doutes sur sa capacité à redresser ses marges.
Un décrochage brutal qui surprend même les habitués du marché. En une seule séance, Alstom a vu son action plonger de près de 30%, tombant à 15,9 euros sur la place parisienne. En cause, un nouvel avertissement sur ses objectifs financiers à moyen terme, dévoilé lors de la publication de résultats annuels préliminaires.
Le groupe, connu pour ses TGV, a reconnu ne plus être en mesure de tenir ses ambitions fixées à horizon 2026-2027. Marges revues à la baisse, cash-flow incertain, visibilité réduite : ces annonces ont immédiatement déclenché une onde de choc chez les investisseurs.
Des objectifs financiers revus en nette baisse pour Alstom
Jusqu’ici, Alstom visait une marge d’exploitation ajustée comprise entre 8% et 10% d’ici 2026-2027. Désormais, le groupe table sur environ 6,5%. Même recul sur le cash-flow libre, qui ne devrait plus atteindre les 1,5 milliard d’euros cumulés sur trois ans.
Le nouveau directeur général, Martin Sion, nommé début avril, n’a pas cherché à masquer les difficultés. Il reconnaît que "Si le groupe a enregistré une forte prise de commandes et atteint ses objectifs de génération de trésorerie au cours de l'exercice 2025/26, la rentabilité est restée en-deçà des attentes".
Dans le détail, certains projets industriels accusent du retard. Le dirigeant précise que "Certains grands projets de matériel roulant ont progressé plus lentement que prévu, pesant sur les marges et la trésorerie à court terme". Face à cette situation, il promet des mesures "immédiates" pour "stabiliser la performance" ainsi que "des évolutions opérationnelles plus profondes".
Une sanction sévère des marchés et des analystes
Malgré un record de commandes à 27,6 milliards d’euros et un carnet dépassant les 100 milliards d’euros, le marché a sanctionné la perte de crédibilité sur les objectifs.
Les analystes n’ont pas tardé à ajuster leurs prévisions. Oddo BHF évoque une situation "mise à rude épreuve" et réduit ses estimations de bénéfices sur les deux prochaines années.
Du côté de la Deutsche Bank, le ton est encore plus prudent : "Nous avons réduit nos estimations de BPA de 18% en moyenne pour les prochaines années et prévoyons désormais que la dette nette du groupe passera de 400 millions d'euros en 2025/26 à 600 millions d'euros en 2026/27". L’établissement attend désormais un "plan visant à rétablir une exécution des projets et une génération de trésorerie plus rigoureuses".
Certaines banques restent toutefois mesurées. Citi estime que "Nous pensons qu'Alstom a énormément changé ces 2 à 3 dernières années et considérons cet avertissement comme un retard, et non un échec, du redressement". Morgan Stanley juge de son côté que la révision des marges est "moins surprenante", mais s’inquiète de la faiblesse persistante des flux de trésorerie.
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