(ABC Bourse) - En quelques mois, Ayrad Group s’est imposé comme un acteur qui compte dans l’industrie extractive marocaine. Derrière cette montée en puissance rapide : une stratégie fondée sur la reprise d’actifs anciens, des investissements de modernisation et un pari assumé sur les métaux stratégiques, dans un contexte mondial marqué par le retour des politiques de souveraineté minière.
L’opération a marqué un tournant dans un paysage longtemps dominé par quelques groupes historiques. Au printemps 2026, Ayrad Group a pris le contrôle de fait de la Compagnie minière de Touissit (CMT), société cotée à Casablanca et exploitant historique de plomb, de zinc et d’argent au Maroc. Le groupe, basé aux Émirats arabes unis, détenait déjà des actifs dans le royaume à travers la Compagnie minière d’Oumejrane.
L’arrivée d’Ayrad ne s’est pas faite discrètement. Entre refinancement, restructuration d’actifs et résolution de litiges hérités des précédentes directions, l’opération illustre une recomposition plus large de l’industrie extractive marocaine, portée par la hausse des besoins mondiaux en cuivre, argent et métaux industriels.
Des actifs anciens à relancer
La stratégie d’Ayrad repose sur une idée simple : reprendre des sociétés disposant encore d’un potentiel géologique important mais dont les infrastructures ont parfois souffert de sous-investissement.
Dans le cas de la CMT, le diagnostic est connu depuis plusieurs années. Malgré des résultats parfois solides, plusieurs observateurs du secteur soulignaient le vieillissement de certaines installations et la nécessité d’investissements lourds pour prolonger la durée de vie des mines.
Le groupe affirme vouloir injecter environ 47 millions de dollars dans la société afin d’assainir sa situation financière et de moderniser l’outil industriel. Cette enveloppe doit notamment financer la rénovation des équipements et relancer les programmes d’exploration autour des permis existants.
Lors d’un entretien accordé à Médias24, Sébastien de Montessus, président du conseil d’administration d’Ayrad Group et ancien dirigeant d’Endeavour Mining, a présenté la CMT comme une « plateforme de croissance » capable de servir de base à un développement régional plus large.
Le dirigeant insiste régulièrement sur une logique de temps long, rappelant que les cycles miniers s’étendent souvent sur plusieurs décennies. Une manière aussi de tempérer les attentes immédiates autour d’un groupe encore récent.
Le cuivre comme horizon stratégique
Au-delà du plomb ou du zinc, c’est surtout le cuivre qui attire aujourd’hui les investisseurs. Métal indispensable aux infrastructures électriques, aux réseaux énergétiques et aux technologies liées à la transition énergétique, il fait l’objet d’une compétition croissante entre groupes miniers et États.
Ayrad entend clairement se positionner sur ce créneau. Le groupe évoque déjà le développement accéléré d’un projet de cuivre en parallèle des activités historiques de la CMT.
Cette orientation reflète une tendance mondiale plus large. Face à la hausse attendue de la demande en métaux critiques, les investisseurs cherchent des juridictions perçues comme plus stables politiquement et réglementairement. Le Maroc bénéficie, dans ce contexte, d’une image relativement favorable : infrastructures développées, proximité avec l’Europe, cadre réglementaire jugé prévisible et longue tradition minière.
Rabat cherche par ailleurs à renforcer la transformation locale des ressources et à attirer davantage de capitaux privés dans les industries extractives. Une stratégie qui s’inscrit dans une politique industrielle plus large visant à diversifier l’économie marocaine.
Une opération financière et politique sensible
L’opération autour de la CMT ne se limite toutefois pas à un simple projet industriel. Elle intervient après plusieurs années de tensions autour de la gouvernance du groupe et de contentieux financiers complexes.
Selon plusieurs médias marocains, l’arrivée d’Ayrad s’est accompagnée d’accords destinés à solder différents litiges, notamment autour de créances anciennes et d’un dossier impliquant l’Office des changes.
Le groupe a également dû composer avec un environnement actionnarial sensible. Ayrad détient désormais plus de 37 % du capital de la CMT et agit de concert avec la Caisse interprofessionnelle marocaine de retraite (CIMR), qui constitue un partenaire clé dans l’opération.
Ce montage permet au groupe de s’appuyer sur un acteur institutionnel marocain influent, tout en donnant des gages d’ancrage local. Dans ses prises de parole, Sébastien de Montessus insiste d’ailleurs sur une gouvernance « équilibrée » et sur la volonté de maintenir la cotation boursière de la société à Casablanca.
Un pari encore loin d’être gagné
Reste que la montée en puissance d’Ayrad continue d’être observée avec prudence dans le milieu minier. Le groupe demeure jeune et devra démontrer sa capacité à financer durablement plusieurs projets lourds à la fois, dans un secteur où les besoins en capitaux sont considérables et les retours sur investissement parfois lents.
Le profil de Sébastien de Montessus contribue aussi à attirer l’attention. L’ancien patron d’Endeavour Mining, longtemps considéré comme l’un des dirigeants les plus influents de l’industrie aurifère africaine, effectue avec Ayrad une forme de retour au premier plan après son départ du groupe canadien en 2024.
Pour l’heure, Ayrad avance méthodiquement. Le groupe ne promet pas de transformation spectaculaire à court terme, mais plutôt une remise à niveau progressive des actifs acquis. Une approche prudente, presque technicienne, qui tranche avec certaines stratégies plus agressives observées ces dernières années dans l’industrie extractive africaine.
Dans un contexte mondial dominé par la sécurisation des approvisionnements en métaux stratégiques, le Maroc pourrait néanmoins devenir un terrain de plus en plus convoité. Et Ayrad Group entend manifestement prendre position avant les autres.
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