
(Selon l'outil FedWatch du CME, la probabilité d'une seule hausse des taux de la Fed d'ici à la fin de l'année est évaluée à 44% mercredi soir sur les marchés à terme, et celle d'un maintien du statu quo à 20%, contrairement à ce qu'affirmait par erreur une dépêche parue à 22h06. La dépêche corrigée suit.)
La Réserve fédérale (Fed) a réaffirmé mercredi sa détermination à lutter contre l'inflation, mais n'a pas durci sa politique à ce stade et n'a pas adopté la posture restrictive que de nombreux observateurs anticipaient face à la flambée des prix du pétrole.
La banque centrale américaine a maintenu son principal taux directeur dans une fourchette comprise entre 3,5% et 3,75%. Ce niveau, en vigueur depuis décembre dernier, est jugé proche du niveau neutre pour l'économie.
Cette décision a été prise à une majorité de 9 voix, trois membres votants de la Fed s'étant prononcés pour un relèvement d'un quart de point. Pour qualifier ces divergences au sein au cours de sa traditionnelle conférence de presse, le nouveau président de la Fed Kevin Warsh a employé à plusieurs reprises l'expression de "querelle de famille" , soulignant que les débats de ces deux derniers jours avaient été vigoureux.
"L'activité économique croît à un rythme solide malgré une incertitude élevée due en partie au conflit au Moyen-Orient", a souligné la Fed dans le bref communiqué annonçant sa décision, tout en soulignant que l'inflation restait élevée par rapport à son objectif de 2% par an. "Le comité de politique monétaire assurera la stabilité des prix", précise le communiqué.
+Signaux brouillés sur les taux+
Kevin Warsh a rappelé à plusieurs reprises depuis sa nomination en mai que le niveau de l'inflation constituait la principale préoccupation des grands argentiers américains, tandis que le marché de l'emploi reste dynamique outre-Atlantique.
Comme devant le Congrès à la mi-juillet, le responsable a répété mercredi que la Fed ne ferait preuve d'aucune "tolérance" envers l'inflation. Il a notamment réaffirmé la validité de l'objectif des 2% par an, écartant l'idée que la Fed serait prête à accepter une hausse des prix quelque peu plus soutenue.
Pour autant, Kevin Warsh s'est montré réticent à évoquer de futures hausses des taux pour stabiliser les prix. "Je n'ai pas de baguette magique", a-t-il lancé à plusieurs reprises, préférant pointer la nécessaire adaptation des marchés aux fluctuations de l'économie. A ce titre, le patron de la Fed a salué le durcissement des conditions de crédit intervenue sur les marchés depuis la dernière réunion de la Fed à travers la progression des taux obligataires.
En cas de forte menace inflationniste, "nous n'hésiterons pas à agir", a tout de même assuré le dirigeant. Avant de se montrer prudent au sujet d'un hypothétique resserrement de la politique monétaire: " Si l'inflation se maintient à un niveau élevé (...), les taux d'intérêt pourraient bien faire partie de la solution, mais je ne dirais pas qu'ils constituent la seule réponse", a-t-il indiqué.
Les taux de marché évoluaient de manière contrastée dans le sillage de ces annonces. Le rendement de l'obligation du Trésor à 2 ans, le plus sensible aux décisions de la Fed, se repliait de 5 points de base (0,05 point de pourcentage), à 4,24%. Le rendement du 10 ans américain s'appréciait au contraire de 5 points de base.
Sur les marchés à terme, seuls 36% des investisseurs tablaient toujours mercredi soir sur au moins deux hausses des taux directeurs américains d'ici à la fin de l'année, contre plus de 50% mardi, selon l'outil FedWatch du CME. L'hypothèse d'un seul relèvement d'un quart de point est désormais créditée d'une probabilité de 44% et celle du statu quo, qui s'était affaiblie ces dernières semaines, reprend du poil de la bête avec un score de 20%.
+Un agenda soumis à l'aléa géopolitique+
Jusqu'à présent, la consommation des ménages, la croissance et l'emploi ont bien résisté aux répercussions de la guerre avec l'Iran. Cette dernière a en revanche relancé les craintes de rebond de l'inflation aux Etats-Unis à la suite de la flambée des prix du pétrole.
Le ralentissement de l'inflation américaine en juin avait été accueilli avec soulagement par les marchés. Depuis, la reprise des hostilités au Moyen-Orient est venue jeter le doute sur la trajectoire des taux d'intérêt. L'indice des prix à la consommation (CPI) s'inscrit en hausse de 3,5% sur 12 mois en juin, contre une augmentation de 4,2% à fin mai. Hors pétrole et alimentation, l'inflation sous-jacente a également ralenti pour s'établir à 2,6% sur les 12 derniers mois, contre 2,9% à fin mai.
Dans une note publiée en amont de la décision de mercredi, l'analyste Lale Akoner d'eToro avait indiqué s'attendre à un maintien du statu quo cette semaine, tout en estimant que la Fed signalerait sa volonté de relever ses taux dans les prochains mois.
Dans leurs dernières projections publiées à l'issue de la réunion du mois de juin, la moitié des membres de la Fed avaient indiqué pencher en faveur d'un seul relèvement de taux d'ici à la fin de l'année. L'autre moitié des membres du comité de politique monétaire (FOMC) tablait globalement sur un maintien du statu quo ou, pour un seul membre, sur un assouplissement. Un prolongement de la guerre au Moyen-Orient, particulièrement s'il s'accompagne de nouvelles tensions sur l'inflation, pourrait toutefois inciter les banquiers centraux américains à adopter une position plus restrictive.
Agefi-Dow Jones The financial newswire
