(ABC Bourse) - La fermeture du détroit d’Ormuz déclenche une onde de choc mondiale. Hausse du pétrole, explosion des coûts de transport et entreprises sous pression : les conséquences commencent déjà à se multiplier.

Le détroit d’Ormuz est devenu en quelques semaines le point de tension qui fait trembler l’économie mondiale. Avec le conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran, le verrou énergétique le plus stratégique de la planète provoque déjà une facture gigantesque pour les multinationales. Selon Reuters, les entreprises internationales ont accumulé plus de 25 milliards de dollars de coûts depuis le début de la crise.
Le pétrole a franchi les 100 dollars le baril, les chaînes logistiques se grippent et plusieurs secteurs industriels commencent à vaciller. Des compagnies aériennes aux fabricants de pneus, des groupes automobiles aux géants de la consommation, les entreprises tentent désormais de limiter les dégâts face à une crise qui pourrait encore s’aggraver dans les prochains mois.
Le détroit d’Ormuz fait exploser les coûts des multinationales
Le choc est brutal pour les entreprises mondiales. Reuters indique qu’au moins 279 sociétés internationales ont déjà pris des mesures d’urgence pour absorber l’impact du conflit : réduction de production, hausse des prix, chômage partiel ou suspension des dividendes.
Le secteur aérien apparaît comme le plus exposé. À lui seul, il concentre près de 15 milliards de dollars de coûts supplémentaires alors que le prix du kérosène a quasiment doublé depuis le début des hostilités.
Chez Toyota, les pertes potentielles pourraient atteindre 4,3 milliards de dollars. Procter & Gamble évoque de son côté un impact d’environ un milliard de dollars sur son bénéfice net après impôts.
Dans l’industrie, la situation commence aussi à inquiéter sérieusement les dirigeants. Marc Bitzer, directeur général de Whirlpool, estime que "Ce niveau de recul industriel est comparable à ce que nous avons observé durant la crise financière mondiale, et même supérieur à celui enregistré pendant d’autres périodes de récession".
Le patron du groupe souligne également un changement rapide du comportement des consommateurs : "Les consommateurs repoussent le remplacement de leurs produits et préfèrent les réparer."
Pétrole à plus de 100 dollars, inflation et pénuries menacent
Le verrouillage du détroit d’Ormuz provoque un effet domino sur toute l’économie mondiale. Cette route maritime reste le principal point de passage énergétique de la planète. Sa fermeture partielle suffit à désorganiser plusieurs chaînes d’approvisionnement stratégiques.
Les coûts du transport maritime flambent déjà. Plusieurs matières premières deviennent plus difficiles à acheminer, notamment l’aluminium, les engrais, l’hélium ou encore le polyéthylène.
Chez McDonald’s, le directeur général Chris Kempczinski alerte sur les effets durables de cette crise énergétique. "Les prix élevés de l’essence sont le principal problème auquel nous sommes confrontés actuellement", explique-t-il.
Même constat chez Continental. Le fabricant allemand de pneumatiques prévoit un impact d’au moins 100 millions d’euros dès le deuxième trimestre à cause du renchérissement des matières premières dérivées du pétrole. Roland Welzbacher prévient : "Cela nous touchera probablement à la fin du deuxième trimestre, puis pleinement au second semestre".
Les entreprises redoutent maintenant le véritable choc économique
Pour l’instant, les résultats financiers des grands groupes résistent encore relativement bien. Les bénéfices du premier trimestre ont même permis au S&P 500 d’inscrire de nouveaux sommets.
Mais les analystes commencent à revoir leurs prévisions à la baisse. FactSet observe déjà un recul attendu des marges dans plusieurs secteurs américains, notamment l’industrie et les biens de consommation.
Goldman Sachs estime que les entreprises européennes entreront à leur tour dans une phase plus difficile à partir du deuxième trimestre, notamment parce que leurs protections énergétiques arrivent progressivement à expiration.
Au Japon aussi, les prévisions de croissance des bénéfices ont été divisées par deux depuis fin mars.
Pour Rami Sarafa, directeur général de Cordoba Advisory Partners, les marchés n’ont probablement pas encore intégré toute l’ampleur de la crise. "Le véritable choc sur les résultats n’apparaît pas encore dans les comptes de la plupart des entreprises"
© AbcBourse.com. Tous droits réservés
