
(ABC Bourse) - Un document vieux de près d'un quart de siècle revient au centre d'une bataille portant sur des milliards d'euros. Reuters révèle ce 17 septembre les détails d'un accord signé en 2002 par LVMH, qui prévoyait l'acquisition de millions d'actions Hermès liées à Nicolas Puech.
L'affaire se joue désormais devant la justice à Paris. Nicolas Puech affirme avoir découvert en 2022 la disparition de sa participation de 6 % dans Hermès, valorisée aujourd'hui autour de 10 milliards d'euros. L'héritier chiffre ses pertes à 14 milliards d'euros et a engagé une procédure visant, entre autres, LVMH, son président et des sociétés liées à son ancien gestionnaire de fortune, Eric Freymond.
LVMH et Hermès, ce que prévoyait l'accord secret signé en 2002
L'existence du document vient alimenter un dossier qui remonte aux premières années de la constitution de la participation de LVMH dans Hermès. Selon les éléments rapportés par Reuters, LVMH avait signé l'accord avec Eric Freymond, qui gérait alors la fortune de Nicolas Puech.
Le texte, daté du 12 novembre 2002, devait permettre à LVMH d'acquérir des millions d'actions Hermès supplémentaires appartenant à Nicolas Puech et à d'autres héritiers issus de la même branche familiale. Les acquisitions prévues devaient intervenir après le départ de Jean-Louis Dumas, dirigeant historique d'Hermès.
L'accord n'aurait pourtant jamais été exécuté. LVMH soutient qu'il n'était pas possible de vérifier qu'Eric Freymond disposait bien de l'autorisation de Nicolas Puech pour céder ses actions. Le document aurait alors été placé sous séquestre avant d'être détruit à la fin de l'année 2010, sans que le groupe ait demandé son exécution.
Les relations financières entre le gestionnaire de fortune et le groupe constituent un autre volet du dossier. D'après Reuters, LVMH et la holding de la famille Arnault ont versé au moins 20 millions d'euros à la société de gestion d'Eric Freymond entre 2001 et 2009. Ces sommes correspondaient à des commissions, des frais de gestion et des honoraires.
Eric Freymond participait à cette époque à la constitution discrète de la participation de LVMH dans Hermès. Le groupe dirigé par Bernard Arnault a fini par posséder jusqu'à 23 % du capital de son concurrent avant de céder sa participation après l'accord conclu en 2014.
Une procédure suisse antérieure apporte un autre élément au dossier. LVMH y avait expliqué qu'Eric Freymond entretenait des relations privilégiées avec plusieurs actionnaires d'Hermès susceptibles de céder leurs titres. D'après les déclarations d'un avocat suisse rapportées par Reuters, certaines opérations auraient utilisé les comptes de Nicolas Puech comme intermédiaire afin de dissimuler l'identité de LVMH en tant qu'acheteur final.
Nicolas Puech réclame 14 milliards d'euros après la disparition alléguée de ses actions Hermès
Plus de vingt ans après la signature de l'accord, la question de la participation de Nicolas Puech se trouve au centre du contentieux. L'héritier affirme n'avoir appris qu'en 2022 que les actions représentant ses 6 % du capital d'Hermès avaient disparu.
Avec la valorisation actuelle du groupe, cette participation est estimée autour de 10 milliards d'euros. Nicolas Puech a saisi le tribunal judiciaire de Paris et évalue pour sa part ses pertes à 14 milliards d'euros.
Sa plainte vise LVMH, son président et des sociétés liées à Eric Freymond. Une instruction pénale distincte se poursuit également en France autour de cette affaire.
LVMH rejette toute implication dans la disparition alléguée des titres de l'héritier. Le groupe affirme que l'accord de novembre 2002 n'a jamais été mis en œuvre et n'a pas répondu aux questions de Reuters concernant ce document ou les circonstances de sa destruction.
Eric Freymond, mort en juillet 2025, avait pour sa part toujours nié toute malversation. Nicolas Puech et Hermès n'ont pas souhaité commenter les nouveaux éléments rapportés, en invoquant entre autres l'enquête en cours.
© AbcBourse.com. Tous droits réservés
