(ABC Bourse) - L'euro vient de toucher son niveau le plus faible face au dollar depuis près d'un an et demi. Derrière cette chute, les marchés regardent désormais avec inquiétude vers la France et l'Espagne.

L'euro commence la semaine dans le rouge. Ce lundi 5 octobre, la monnaie unique européenne est descendue jusqu'à 1,1161 dollar, son plus bas niveau face au billet vert depuis mai 2025. Vers 12h30, elle reculait encore de 0,42 %, à 1,1206 dollar. Une baisse alimentée par les incertitudes politiques et budgétaires qui traversent l'Europe.
Deux pays concentrent l'attention : la France, où le projet de budget 2027 n'a pas rassuré les marchés, et l'Espagne, où Pedro Sánchez vient de convoquer des élections législatives anticipées pour le 29 novembre. L'euro cédait aussi 0,26 % face à la livre britannique, à 84,47 pence.
L'euro fragilisé par la France et les élections anticipées en Espagne
La pression qui entourait déjà les finances françaises s'est donc accompagnée d'un nouveau facteur d'incertitude venu de Madrid. Patrick Munnelly, analyste chez Tickmill, résume la situation : "La France était déjà sous pression en raison de questions sur sa crédibilité budgétaire et sa stabilité politique. L'Espagne ajoute désormais une couche supplémentaire d'incertitude".
En Espagne, la décision de Pedro Sánchez intervient trois jours après le rejet de mesures gouvernementales destinées à répondre à la crise du logement. Le Premier ministre a fixé les élections législatives anticipées au 29 novembre.
Le rejet de ces mesures survient au milieu d'une vague de protestations déclenchée par l'expulsion de Maricarmen Abascal. Cette Madrilène de 87 ans a dû quitter l'appartement dans lequel elle vivait depuis sept décennies. Une société d'investissement avait acquis le logement et entendait augmenter son loyer de 275 %.
Côté français, les signaux observés sur le marché de la dette ont renforcé les inquiétudes. La semaine dernière, le taux d'emprunt de la France s'est hissé à son plus haut niveau depuis 2002, au moment de la présentation du projet de budget 2027.
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Le gouvernement a présenté une série de mesures d'économies, touchant entre autres les retraites. Elles n'ont pas suffi à apaiser les marchés. Les investisseurs s'interrogent sur la capacité du pays à faire adopter son budget dans une situation politique bloquée, tandis que le déficit et la dette rapportés au PIB figurent parmi les plus élevés d'Europe.
BCE et Fed, les banques centrales désormais scrutées par les marchés
Pour Patrick Munnelly, les tensions actuelles restent contenues mais pèsent déjà sur la monnaie européenne. "La situation n'est pas encore systémique, mais elle suffit à peser sur l'euro et à maintenir la prudence des investisseurs" vis-à-vis des obligations souveraines européennes.
La Banque centrale européenne se retrouve, elle aussi, sous surveillance. Chris Turner, analyste chez ING, estime que "La BCE a une tâche difficile : tenir un discours ferme pour contenir l'inflation, tout en étant attendue au tournant pour intervenir" si un soutien aux États devenait nécessaire et "si la vente massive sur la dette française devait devenir incontrôlable".
Le regard des cambistes va également se tourner vers les États-Unis. Le compte rendu de la dernière réunion de la Réserve fédérale, organisée à la mi-septembre, est attendu mercredi. Il doit fournir de nouveaux éléments sur les intentions des responsables monétaires américains.
Les derniers chiffres de l'emploi américain ont déçu. Dans ce contexte, les cambistes s'attendent à ce que la Fed marque une pause dans son resserrement en octobre, alors que l'euro tente de s'éloigner du seuil de 1,1161 dollar touché lundi.
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