
(ABC Bourse) - Derrière le débat sur une « bulle » de l’intelligence artificielle et la correction boursière de juillet sur les valeurs de semi-conducteurs, une contrainte matérielle s’impose : l’approvisionnement en eau, devenu un facteur déterminant pour construire des centres de données et fabriquer des puces.
C’est le constat mis en avant par J. Safra Sarasin, qui explique pourquoi la banque diversifie une partie de ses investissements vers des acteurs de l’efficacité des ressources comme Xylem et Ecolab : « sans eau traitée, pas de puces ; sans refroidissement, pas de centre de données ». Après un premier semestre jugé euphorique, les investisseurs ont réévalué des « valorisations exigeantes », questionnant la monétisation de l’IA, le financement des infrastructures et la concurrence chinoise, tandis que des résultats de Microsoft et d’Amazon ont montré « une accélération de leurs revenus dans le cloud », soutenant le rebond des valeurs d’infrastructure début août.
La correction de juillet remet l’accent sur l’infrastructure physique de l’IA
La publication souligne que les valeurs au cœur de l’écosystème IA ont « brutalement corrigé » en juillet, citant notamment les équipements pour semi-conducteurs Applied Materials et Tokyo Electron, les puces de puissance avec Infineon, et l’optique liée à l’IA avec Coherent. Pour J. Safra Sarasin, l’épisode ressemble davantage à « une rotation et de prises de bénéfices » qu’à une remise en cause du scénario de fond.
Le point clé, selon l’auteur, tient à la matérialité des besoins : la révolution numérique « n’a rien de virtuel » et figure parmi les industries « les plus intensives en ressources de l’histoire récente ». L’électricité capte l’attention, l’eau reste moins souvent citée, alors qu’elle devient un paramètre comparable à l’énergie pour décider des implantations.
Data centers et fonderies : des besoins en eau chiffrés à grande échelle
Refroidir les centres de données implique une consommation d’eau « considérable ». Aux États-Unis, « les data centers et les centrales qui les alimentent approchent déjà 1 000 milliards de litres par an ». À l’échelle mondiale, « un rapport des Nations unies évoque une trajectoire pouvant atteindre 9 300 milliards de litres en 2030 ».
La fabrication des puces s’ajoute à cette pression : « une fonderie moderne peut absorber près de 40 millions de litres d’eau ultrapure par jour, l’équivalent de 33 000 foyers ». Dans « un nombre croissant de régions », la disponibilité en eau devient, « au même titre que l’électricité », un facteur qui détermine « où l’on peut construire ».
Xylem et Ecolab, exposition à l’eau liée à l’IA selon J. Safra Sarasin
La banque explique orienter une partie de ses investissements vers des solutions liées à l’eau, qu’elle présente comme une demande adossée à « une nécessité matérielle qui ne se discute pas ». Elle cite Xylem et Ecolab parmi les acteurs retenus.
Selon le document, Xylem « a relevé ses prévisions de bénéfices en soulignant le rôle stratégique croissant de l'eau dans les infrastructures d'IA et la fabrication de semi-conducteurs ». Ecolab est décrit comme voyant « son activité de haute technologie croître à deux chiffres, portée par le traitement de l'eau de haute technologie et le refroidissement liquide direct », défini comme « cette technologie qui amène le fluide au plus près de la puce, à mesure que les processeurs deviennent trop chauds pour un refroidissement à air ».
Le texte met aussi en avant la « double nature » de cette couche d’infrastructure : exposition à « l’explosion des besoins de calcul », avec un profil jugé plus défensif, fait de « revenus récurrents et d’usages essentiels ». Dans la baisse de juillet, ces valeurs auraient « mieux résisté que les fabricants d'équipements », quand ces derniers subissaient « une réévaluation brutale ».
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