
Orange et Bouygues verront leur ratio d'endettement augmenter temporairement en raison de leur reprise d'une partie des activités de l'opérateur de télécommunications SFR, sans que cela remette en cause leur note de crédit, selon Moody's Ratings.
L'agence d'évaluation financière a confirmé mardi soir la note de crédit "A3" du groupe diversifié Bouygues, après avoir indiqué la semaine dernière maintenir à "Baa1" celle qu'elle attribue à Orange. La perspective associée à ces deux notes reste "stable".
Pour Moody's, les bénéfices stratégiques du démantèlement de SFR compensent les pressions attendues sur le bilan des deux groupes cotés à la Bourse de Paris.
Début juin, les opérateurs télécoms Bouygues Telecom, Orange et Free-Groupe Iliad ont annoncé avoir signé un protocole d'accord pour l'acquisition des principaux actifs d'Altice France, parmi lesquels SFR, sur la base d'une valeur d'entreprise de 20,35 milliards d'euros. La signature de la documentation juridique définitive est attendue au second semestre de cette année, tandis que la réalisation de la transaction, soumise à l'approbation des autorités compétentes, pourrait intervenir au second semestre 2027.
+ Des synergies au menu +
Orange doit reprendre environ 27% des actifs de SFR pour une valeur d'entreprise estimée à 5,6 milliards d'euros. L'opération permettrait notamment à l'ex-France Télécom d'ajouter près de 4 millions de clients à sa base d'abonnés dans la téléphonie en France.
Moody's estime que le ratio de dette nette ajustée sur excédent brut d'exploitation (Ebitda) d'Orange augmenterait à environ 2,9 en 2027 en tenant compte de l'acquisition de SFR, contre un multiple de 2,7 sans cette opération mais en supposant la consolidation à 100% de MasOrange. Ce ratio pourrait toutefois diminuer à 2,8 en 2028 grâce à la croissance organique des résultats du groupe et aux synergies attendues du rachat des actifs de SFR, relève l'agence d'évaluation.
Orange s'attend de son côté à ce que l'opération entraîne des synergies de coûts supérieures à 500 millions d'euros en rythme annuel cinq ans après sa finalisation, principalement grâce à l'optimisation des infrastructures, du réseau et des actifs de distribution. Le groupe prévoit de financer l'opération par de la dette, tout en conservant un ratio dette nette sur Ebitdaal des activités télécoms autour de 2 à moyen terme. Orange chiffre les coûts d'intégration à environ 1,3 milliard d'euros sur cinq ans.
Le maintien de la note de crédit d'Orange tient compte du "renforcement de la taille" du groupe et des "synergies potentielles significatives" attendues du partage de SFR, "qui compensent l'augmentation temporaire des coûts et de l'endettement", a commenté Ernesto Bisagno, l'analyste principal de Moody's pour le secteur des télécoms.
+ Une consolidation bienvenue du secteur +
Bouygues Telecom, filiale de Bouygues, devrait de son côté reprendre environ 42% des actifs de SFR, pour une valeur d'entreprise d'environ 8,5 milliards d'euros, ce qui en ferait le principal acquéreur au sein du consortium.
Moody's estime que l'opération renforcera sensiblement la position concurrentielle de Bouygues Telecom dans le mobile, la convergence fixe-mobile et les services aux entreprises. Une dégradation temporaire des indicateurs financiers de sa maison mère est toutefois à prévoir, avec un ratio dette nette ajustée sur Ebitda qui pourrait atteindre 2,4 en 2028, selon l'agence d'évaluation financière, contre une estimation de 1,3 avant l'annonce du démantèlement de SFR.
Bouygues Telecom prévoit des synergies de coûts d'environ 1 milliard d'euros par an, dont le plein effet est attendu en 2034, en raison du délai d'intégration de l'activité de services aux entreprises de SFR. Les coûts d'intégration liés à l'opération sont estimés entre 3,5 milliards et 4 milliards d'euros par l'entreprise, qui compte la financer par un emprunt bancaire totalement sécurisé auprès de banques partenaires.
Pour Moody's, ces tensions sur les indicateurs financiers restent également compatibles avec la notation actuelle de Bouygues et d'Orange parce que les deux groupes disposent de temps pour absorber ces désagréments. Et le jeu en vaut la chandelle: la consolidation du marché des télécommunications en France, et donc la réduction à trois du nombre d'opérateurs dans le pays, pourrait favoriser une structure concurrentielle plus rationnelle et améliorer les performances opérationnelles du secteur à moyen terme.
Bouygues Telecom, Free-Groupe Iliad et Orange comptent profiter du partage de SFR pour renforcer leurs investissements dans la résilience des réseaux très haut débit, dans la cybersécurité, mais aussi dans l'innovation et les nouvelles technologies comme l'intelligence artificielle. Ils espèrent également consolider la maîtrise d'infrastructures stratégiques pour le pays et préserver un écosystème concurrentiel au bénéfice des consommateurs.
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