(ABC Bourse) - Alors que le gouvernement vise un déficit public de 5 % en 2026, l’agence Moody’s prévoit un chiffre plus élevé. Une divergence qui ravive les tensions autour d’un budget 2027 déjà annoncé comme explosif.

Le gouvernement de Sébastien Lecornu, en difficulté à l’Assemblée nationale, a promis un déficit public limité à 5 % du PIB pour 2026. Mais l’agence de notation Moody’s ne partage pas cet optimisme. Dans une note publiée ce 26 janvier, elle prévoit un déficit de 5,2 %, jetant un doute sérieux sur la trajectoire budgétaire française.
La différence peut sembler minime. Elle est pourtant lourde de conséquences : "L'objectif de déficit de 5% est légèrement inférieur à notre prévision d'un déficit atteignant 5,2% en 2026. (...) La réduction du déficit en 2026 reposera essentiellement sur une augmentation des recettes", écrit Moody’s Ratings. L’agence pointe aussi la progression attendue des dépenses : "les dépenses devraient augmenter dans une mesure supérieure à celle prévue dans le projet de loi de finances du gouvernement, même si leur taux de croissance réelle devrait s'avérer légèrement inférieur à celui du PIB en 2026".
Réformes abandonnées et majorité introuvable
Le gouvernement ne dispose plus de majorité à l’Assemblée, ce qui l’a contraint à dégainer l’article 49.3 pour faire adopter le budget 2026 sans vote. Le texte finalement validé diffère sensiblement de la version initiale, en particulier sur les mesures fiscales.
Parmi les abandons notables : le gel du barème de l’impôt sur le revenu, celui de la CSG sur les revenus de remplacement, et la réforme de l’abattement fiscal pour les retraités. Autant de leviers de recettes en moins pour les finances publiques. Côté dépenses, les économies sur la prime d’activité n’ont pas tenu : au lieu de réduire les crédits de 8,8 %, Sébastien Lecornu a concédé une hausse de 50 euros mensuels pour les bénéficiaires les plus modestes.
Moody’s, qui maintient la note de la dette française à Aa3 avec une "perspective négative", s’inquiète d’une instabilité politique chronique peu propice à la rigueur budgétaire.
Vers un budget 2027 encore plus explosif ?
Si le budget 2026 a été bouclé à coup de renoncements et sous contrainte institutionnelle, le suivant pourrait être encore plus difficile à faire adopter. Moody’s alerte sur un contexte électoral particulièrement défavorable aux compromis : "Le vote du budget 2027 aura lieu moins de six mois avant l'élection présidentielle française prévue au printemps de la même année, ce qui risque de durcir les positions de négociation des partis et de compliquer davantage l'obtention d'un accord entre les blocs".
La France entre donc dans une zone de turbulence budgétaire durable, avec un déficit public sous surveillance, une dette sous pression, et une majorité introuvable à quelques mois d’échéances électorales décisives.
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