(ABC Bourse) - par Raphaël Génin,CFA , analyste chez EuroLand Corporate

Dans un secteur publicitaire en pleine recomposition, Publicis fait figure de grand gagnant. Alors qu’Omnicom peine à absorber le rachat d’Interpublic et que WPP voit son activité se contracter, le groupe français enchaîne les succès commerciaux et prend régulièrement des parts de marché à ses deux principaux concurrents.
Cette dynamique n’a rien d’accidentel. Elle repose sur une avance dans la donnée et l’intelligence artificielle construite depuis une dizaine d’années, et se traduit par une croissance supérieure à celle du marché pour la septième année consécutive.
La donnée au cœur de l’avantage compétitif
Le principal avantage du groupe réside dans la donnée. En 2019, Publicis a racheté l’américain Epsilon pour près de 4,4 milliards de dollars. Cette société est depuis devenue la plateforme technologique du groupe. Son actif clé est CORE ID, une base d’identités propriétaire couvrant plus de 250 millions de consommateurs réels. Elle permet de cibler les audiences et de mesurer l’efficacité des campagnes sans dépendre des cookies tiers.
Autour de cette brique technologique, Publicis combine plusieurs métiers : le conseil et l’ingénierie de Publicis Sapient, ses réseaux créatifs comme Leo Burnett, Saatchi & Saatchi et BBH, ainsi que sa puissance d’achat média avec Starcom et Zenith. Depuis 2024, la plateforme interne d’intelligence artificielle CoreAI coordonne l’ensemble.
Cette offre intégrée constitue aujourd’hui le principal facteur de différenciation de Publicis. Ni Omnicom ni WPP ne semblent encore capables de proposer un dispositif équivalent à cette échelle.
Les gains de budgets alimentent la croissance
La croissance du groupe est notamment portée par les nombreux nouveaux budgets remportés. Les contrats gagnés au seul premier semestre 2026 ont déjà sécurisé environ deux points de croissance sur l’ensemble de l’année.
La dynamique s’est poursuivie avec plusieurs succès majeurs. Après Coca-Cola en Amérique du Nord, Microsoft et Sanofi, Publicis a remporté l’intégralité du budget média mondial de PepsiCo, estimé à 1,7 milliard de dollars et attribué sans appel d’offres. Selon Bank of America, ce contrat pourrait à lui seul ajouter 50 à 100 points de base à la croissance organique de 2027.
Face à ces performances, la direction a relevé son objectif de croissance organique pour 2026, désormais compris entre 4,5 % et 5 %. À horizon 2028, elle vise toujours une croissance annuelle du revenu net de 7 % à 8 %, ainsi qu’une progression du bénéfice par action de 8 % à 10 % par an.
Une rentabilité parmi les meilleures du secteur
Cette croissance s’accompagne d’une rentabilité élevée. Publicis affiche une marge opérationnelle proche de 18 %, la meilleure du secteur, et prévoit de l’améliorer encore en 2026 malgré des investissements importants dans l’intelligence artificielle.
Le bénéfice progresse ainsi plus vite que le chiffre d’affaires, tandis que la génération de trésorerie disponible devrait atteindre 2,2 milliards d’euros cette année. Le cœur de l’activité — données, média et création — représente 87 % du revenu et affiche une croissance de 6,5 %.
Le seul point faible reste Publicis Sapient. Le conseil technologique souffre actuellement du report de plusieurs grands projets informatiques. Ce ralentissement semble toutefois davantage conjoncturel que structurel et pourrait s’inverser avec la reprise des budgets IT.
Des résultats semestriels solides
Les résultats du premier semestre 2026 confirment la solidité du modèle. Le revenu net atteint 7,23 milliards d’euros, en croissance organique de 4,7 %. La croissance a même accéléré au deuxième trimestre à 4,8 %, portée notamment par les États-Unis (+5,5 %) et l’Europe (+5,0 %).
La marge courante a atteint un niveau record de 17,5 % sur le semestre, tandis que le bénéfice courant par action a progressé de 5,7 % à changes constants.
Le bilan reste également solide. La dette nette de 1,2 milliard d’euros à fin juin s’explique principalement par la saisonnalité de l’activité. Cette situation financière permet à Publicis de poursuivre ses acquisitions ciblées, notamment Adge.AI, l’agence sportive 160over90 ou encore LiveRamp, qui renforce davantage ses capacités dans la donnée.
Une valorisation exigeante mais justifiée
En Bourse, le titre évolue autour de 100 euros, pour une capitalisation d’environ 25 milliards d’euros. Publicis se paie ainsi environ 13,5 fois les bénéfices attendus en 2026, avec un rendement du dividende proche de 3,7 %.
Cette valorisation représente une prime importante par rapport à Omnicom, revenu autour de 7,5 fois les bénéfices 2026. Mais cet écart paraît justifié par une croissance plus forte, des marges supérieures et une position concurrentielle nettement plus favorable.
Le consensus des analystes vise environ 110 euros. Tant que Publicis continue de creuser l’écart avec Omnicom et WPP, le potentiel d’appréciation du titre semble donc rester intact.
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