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Actualité publiée le 14/05/26 10:08

Stellantis mise sur Leapmotor pour relancer sa compétitivité électrique

(ABC Bourse) - L’alliance entre Stellantis et Leapmotor franchit une nouvelle étape stratégique et symbolique. Derrière l’annonce d’une coopération industrielle renforcée en Espagne se dessine en réalité une transformation plus profonde de l’industrie automobile mondiale, marquée par la montée en puissance technologique des constructeurs chinois et les difficultés croissantes des groupes européens à rester compétitifs dans l’électrique.

Selon les orientations actuellement étudiées par Stellantis, l’usine de Saragosse pourrait accueillir dès 2026 la production européenne de la citadine B10 de Leapmotor. Un SUV Opel électrique serait également développé conjointement par les équipes chinoises et allemandes. Plus marquant encore, le groupe envisage une évolution du statut de son usine madrilène de Villaverde, avec une intégration partielle au sein de la coentreprise détenue à 51 % par Stellantis et 49 % par Leapmotor.

Une telle opération constituerait une première en Europe : un grand constructeur occidental ouvrirait directement ses capacités industrielles à une marque chinoise afin de produire localement ses véhicules. Cette décision répond à plusieurs impératifs. D’un côté, les usines européennes de Stellantis souffrent d’une sous-utilisation chronique, avec des taux de production largement inférieurs aux standards de rentabilité du secteur. De l’autre, Leapmotor cherche à contourner les droits de douane européens frappant les véhicules électriques importés de Chine.

En produisant sur le sol européen avec des composants locaux, le constructeur chinois pourrait satisfaire aux futures exigences du “Made in Europe” tout en évitant les surtaxes douanières. À partir de 2028, le site madrilène assemblerait ainsi un modèle destiné au marché mondial.

Mais au-delà de l’aspect industriel, ce partenariat illustre surtout un basculement technologique historique. Pendant des décennies, les constructeurs européens dominaient l’automobile mondiale et exportaient leur savoir-faire vers la Chine. Aujourd’hui, le mouvement semble s’inverser. Leapmotor fournirait notamment les plateformes électriques et les batteries du futur SUV Opel, tandis que la marque allemande apporterait le design, les réglages de châssis et l’adaptation aux goûts européens.

Cette redistribution des rôles nourrit un sentiment de fierté en Chine. De nombreux observateurs y voient la preuve que les constructeurs chinois ont désormais pris l’avantage dans l’électrique. Une phrase du fondateur de Leapmotor, Zhu Jiangming, a particulièrement marqué les esprits : selon lui, les constructeurs chinois, déjà au centre des salons automobiles nationaux, finiront bientôt par occuper le cœur des salons mondiaux.

Dans les médias et sur les réseaux sociaux chinois, Stellantis apparaît d’ailleurs moins comme un partenaire dominant que comme un groupe fragilisé cherchant une solution rapide pour rattraper son retard. Les critiques portent sur sa gouvernance complexe, ses tensions internes, ses difficultés dans l’électrique et la faiblesse de certaines marques historiques. Les pertes financières enregistrées récemment par le groupe renforcent cette perception d’un constructeur européen sous pression.

Pour beaucoup d’analystes chinois, Stellantis n’aurait plus réellement le choix : intégrer rapidement des technologies compétitives devient indispensable pour survivre à la transition vers l’électrique. Leapmotor lui apporte non seulement des plateformes moins coûteuses, mais aussi un accès direct à l’écosystème industriel chinois, réputé particulièrement performant sur les batteries, les composants et les chaînes d’approvisionnement.

Le groupe européen espère ainsi réduire le coût de ses futurs véhicules électriques et accélérer le lancement de nouveaux modèles. Cette logique s’inscrit dans une stratégie plus large déjà amorcée en 2023, lorsque Stellantis avait acquis 20 % du capital de Leapmotor afin de construire une coopération à la fois commerciale et technologique.

Sur le plan commercial, les premiers résultats sont encourageants. La coentreprise disposerait désormais de plusieurs centaines de points de vente en Europe et les volumes progressent, notamment grâce à la petite citadine électrique T03.

Reste que cette alliance suscite aussi des interrogations en Chine. Certains observateurs craignent que ce rapprochement ne reproduise à l’envers l’histoire des anciennes coentreprises occidentales implantées en Chine : utiliser le partenariat pour absorber progressivement le savoir-faire du partenaire avant de le marginaliser. D’autres estiment au contraire que Leapmotor réalise une opération particulièrement habile en s’appuyant sur les usines, le réseau commercial et la crédibilité européenne de Stellantis pour accélérer son expansion internationale.

Les prochaines années seront décisives. Si la coopération fonctionne, Leapmotor pourrait devenir l’un des premiers constructeurs chinois véritablement mondiaux. Pour Stellantis, l’enjeu est tout aussi crucial : réussir à préserver son ancrage industriel européen tout en intégrant suffisamment vite les technologies chinoises pour rester compétitif dans la nouvelle bataille mondiale de l’automobile électrique.

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3 commentaires sur cet article. Participez à la discussion.

ricky_59
14/05/26 10:14
Les chinois vont nous bouffer
moicmoi
14/05/26 10:46

Bruxelles et Bercy les aident fortement.

vlfr006
14/05/26 10:52


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