
La décennie actuelle donne jusqu'ici raison aux actions américaines, souvent considérées comme plus avancées sur la thématique de l'IA. Cependant, les derniers événements géopolitiques et obligataires, auxquels s'ajoutent les tensions liées aux droits de douane initiés par l'administration Trump, dégradent la confiance internationale à l'égard des États-Unis et, par ricochet, du dollar.
Mes origines asiatiques pourraient être interprétées comme un manque d'objectivité lorsque je fais référence à la Chine sur les marchés financiers. Son marché actions a pourtant payé cher les années Covid, la volonté des autorités de dégonfler la bulle immobilière ainsi que la période de durcissement réglementaire à l'encontre du secteur technologique. Mais ces années difficiles pourraient aussi avoir préparé le terrain à un rebond. Et si la Chine redevenait une terre propice aux investissements étrangers ? Découvrez pourquoi certains investisseurs avisés s'intéressent discrètement à cette nouvelle Chine, dont plusieurs atouts restent largement sous-estimés.
À quoi ressemble la nouvelle Chine qui suscite la convoitise du marché ?
Pour de nombreux investisseurs occidentaux, la vision de l'Empire du Milieu s'est longtemps limitée à l'immobilier, à la construction, au crédit local ainsi qu'à une consommation atone. Cette partie de l'économie, qui affiche encore des statistiques macroéconomiques peu reluisantes, est désormais largement connue des investisseurs et en partie intégrée dans les cours. Les autorités chinoises restent par ailleurs attentives à l'évolution des marchés actions, qu'il s'agisse des actions H à Hong Kong ou des actions A et B en Chine continentale.

Les investisseurs commencent ainsi à faire leurs emplettes sur cette nouvelle Chine que beaucoup continuent de prendre à la légère. À quoi ressemble-t-elle ? À une économie de plus en plus avancée dans les nouvelles technologies et qui dispose déjà d'infrastructures permettant le déploiement de l'IA à grande échelle. La Chine occupe également une place majeure sur le marché mondial de la robotique, un secteur stratégique pour compenser le vieillissement de sa population. Face au ralentissement de l'immobilier et à la faiblesse de la consommation intérieure, l'industrie technologique prend progressivement le relais, soutenant les exportations et le commerce extérieur. Enfin, les restrictions américaines renforcent la volonté de Pékin de développer ses propres semi-conducteurs et les équipements nécessaires à leur fabrication.
Pour couronner le tout, un sondage de Bank of America indiquait que 18 % des gérants considéraient la Chine comme un potentiel gagnant de l'IA, soit 1 000 points de base de plus que le mois précédent. Dans le même temps, les États-Unis et le Japon perdaient du terrain au profit de Taïwan.
Un récit qui évolue dans le bon sens
L'un des indicateurs qui retient particulièrement mon attention est la divergence entre le rendement du Trésor américain à 10 ans et celui des obligations chinoises de même maturité. Le second poursuit une baisse structurelle, liée notamment à la surcapacité de production chinoise, au dégonflement de la bulle immobilière et à une épargne abondante. Néanmoins, le message envoyé par les autorités chinoises semble témoigner de leur volonté de préserver la stabilité du marché obligataire, ce qui leur permet de conserver une marge de manœuvre pour de nouvelles mesures de soutien monétaire et économique.
Alors que de nombreux experts économiques restent focalisés sur l'immobilier chinois, les prêts à l'industrie progressent dans une logique de montée en puissance industrielle et d'autonomie stratégique vis-à-vis des États-Unis. La Chine occupe déjà une position dominante dans plusieurs secteurs, notamment les véhicules électriques, la robotique et les énergies renouvelables. Parallèlement, le soft power des marques chinoises poursuit son développement, notamment à travers des partenariats avec de grands événements sportifs, mais aussi via l'implantation croissante de chaînes de restaurants et de cafés en Europe.
Le véritable problème auquel la Chine reste confrontée au moment où j'écris cet article est celui de la confiance des ménages, notamment au sein de la génération Y, qui a beaucoup investi dans l'immobilier. Cette partie de la population consomme peu et la natalité demeure faible. Si les autorités parviennent au moins partiellement à rectifier le tir, l'objectif d'une croissance de 3 à 5 % à long terme pourrait devenir atteignable. Dans le même temps, les marchés chinois, du Hang Seng à Hong Kong au Shanghai Composite et au Shenzhen Index en Chine continentale, bénéficient d'un regain d'intérêt de la part des investisseurs.
Des opportunités ambitieuses dans la transition écologique et la technologie
Le plan quinquennal 2026-2030 inaugure un tournant important axé sur l'accélération de la transition écologique, la souveraineté technologique et la résilience économique. Le premier pilier est déjà renforcé par le développement des énergies renouvelables, avec l'expansion du solaire et de l'éolien. La Chine poursuit parallèlement le développement du nucléaire et conserve une place importante pour le GNL dans son mix énergétique, un marché sur lequel l'entreprise française GTT développe également ses activités dans l'Empire du Milieu.
Pour les deux autres piliers, les défis sont considérables. La souveraineté technologique donne une priorité absolue au développement des semi-conducteurs et de l'IA. De nombreuses introductions en Bourse de sociétés technologiques à Hong Kong témoignent de la détermination chinoise à réduire sa dépendance technologique et à rivaliser davantage avec les États-Unis. Quant à la résilience économique, elle passe notamment par une montée en puissance de la consommation intérieure afin de réduire progressivement la dépendance du pays aux exportations.