
Il n'existe pas de véritable recette miracle pour réussir en Bourse à long terme. J'ai pris conscience qu'il faut savoir prendre ses distances face aux bruits intempestifs du marché. Ce n'est pas pour rien que Warren Buffett, la référence absolue des investisseurs, insiste lourdement sur la dimension psychologique. Dans la même approche inspirée de celle de l'Oracle d'Omaha, Terry Smith de la société Fundsmith, reflète une vision d'investissement qui se démarque de la foule des gestionnaires d'actifs obnubilés à pourchasser la performance de leur benchmark (indice de référence).
Terry Smith s'engage à maintenir un engagement sans faille : acheter des entreprises de belle qualité intrinsèque, ne pas les payer sur des multiples de valorisation élevés, puis laisser faire le marché pour qu'il reconnaisse leur potentiel de croissance. Alors que la rotation effrénée des portefeuilles de gestionnaires d'actifs entraîne des frais coûteux et inutiles à l'encontre de leurs clients, l'approche de Fundsmith puise sa force dans la puissance des intérêts composés en mettant en avant la patience.
Biographie de Terry Smith
Plutôt que de s'enliser dans de longues études universitaires, Terry Smith a préféré se frotter au monde du travail. Il a commencé sa carrière à la Barclays Bank en 1973 pour y rester jusqu'en 1984. Pendant ses onze ans à la banque britannique, il fait ses armes en dirigeant la branche Pall Mall, puis a développé le goût pour l'analyse fondamentale des actions lors de son transfert au département financier. Pour réussir sa transition dans la finance de marché, il rejoint W.Greenwell & Co en tant qu'analyste de recherche en 1984.
En 1990, il monte en grade chez UBS Phillips & Drew comme chef de la recherche actions britanniques. Mais, en 1992, a lieu un tournant majeur de sa carrière qui aurait pu entacher sa réputation. Il épinglait les manipulations comptables des sociétés britanniques du FTSE 100. Grâce à la popularité de ses notes d'analyses, Terry signait un contrat d'édition avec Random House pour publier le livre à succès « Accounting for Growth » dans lequel il émettait de lourdes critiques auprès des entreprises, qui en réalité sont des clientes d'UBS. Ne voulant pas retirer le livre sous la pression de ses supérieurs, Terry Smith est licencié. Il s'ensuit une bataille judiciaire qui se retournera contre son employeur. Et pour cause, son livre deviendra un best seller.
Après un rebond chez Collins Stewart et Tullett Prebon, Terry Smith se consacre à la création de sa société de gestion d'actifs Fundsmith à partir de 2010, avec la détermination d'appliquer ses propres principes d'investissement, tout en s'inspirant des légendes comme Warren Buffett, Benjamin Graham ou Peter Lynch.
Une philosophie et une stratégie d'investissement mûrement réfléchie
L'essentiel de la philosophie d'investissement est de croire aux vertus du « buy & hold ». En effet, Terry Smith estime que la performance vient de la détention de titres d'entreprises de belle qualité intrinsèque sur plusieurs années ou décennies, et surtout pas de tourner régulièrement son portefeuille à travers des achats ventes à la semaine. Il fait souvent référence à Isaac Newton pour expliquer les dérives des mouvements excessifs de marché. Par cette approche, Terry Smith s'épargne de gaspiller des frais de courtage au profit d'une rigueur à toute épreuve.
La sélection de titres suit un processus strict : dénicher des entreprises qui disposent de barrières à l'entrée élevées et des actifs difficiles à reproduire, vigilance sur l'ingénierie comptable sur le bénéfice par action, mépris de l'endettement. Terry Smith recherche avant tout dans la construction de son fonds des entreprises qui affichent une résilience aux cycles économiques, des retours pour l'actionnaire relativement élevés, moyennant une génération abondante de cash flow, ainsi qu'un pouvoir de fixation des prix permettant d'être incontournable auprès de leurs clients. Comme Warren Buffett, il se revendique comme un investisseur de valeur avec un biais sur une croissance élevée à multiples de valorisation raisonnable.
Des entreprises de belle qualité à l'intérieur de son portefeuille
Le portefeuille de Fundsmith révèle une concentration de titres dans des secteurs de la technologie, la santé, de la finance ainsi que des biens de consommation de base et discrétionnaires. Dans les dix premières lignes figurent des entreprises familières comme Visa, Alphabet, Philip Morris, Microsoft et Meta. La première est le leader mondial incontesté dans le paiement, tandis que les 3 Magnifiques (GOOG, MSFT, META) sont des têtes d'affiche de l'IA. Enfin, Philip Morris parvient à trouver les ressources pour animer le business du tabac.
Certaines participations comme IDEXX Laboratories, Stryker et Waters Corporation méritent d'être connues par le grand public. Elles incarnent la préférence du gérant britannique pour les entreprises qui opèrent dans des niches de marché à fort potentiel, ce qui renforce sa conviction de conserver ses titres aussi longtemps que la thèse d'investissement reste valable.
En conclusion, l'approche d'investissement de Terry Smith peut inspirer des investisseurs qui se projettent sur le long terme. Les similitudes avec Warren Buffett sont criantes. Comme quoi, l'Oracle d'Omaha peut directement ou indirectement servir de disciple. Mais, récemment, l'investisseur britannique a changé sa stratégie d'investissement en axant son portefeuille sur le momentum. Face à l'évolution du marché dominée par la gestion passive et le narratif, il pense que le buy & hold est voué à rattraper un couteau qui tombe. D'autant que ces dernières décisions d'investissement reflètent une rupture qu'il faudra suivre de près lors des prochains trimestres.