Le le pétrole flambe et fait craindre un nouveau choc énergétique

Par Vincent Barret, le 21/10/2026

 pétrolier dans le Golfe Persique

Mardi 20 octobre 2026, le Brent a terminé à 108,79 dollars le baril, en recul de 76 cents (0,69 %), après avoir touché 111,99 dollars en séance, un plus haut de cinq mois. Le repli de la séance s'est produit alors que le président iranien Masoud Pezeshkian s'entretenait à Téhéran de médiation avec le chef de l'armée pakistanaise, le maréchal Asim Munir, d'après l'agence iranienne Nournews citée par Reuters.

Le vendredi 16 octobre, le Brent avait atteint 110 dollars pour la première fois depuis mai et terminé à 109,86 dollars, en hausse de 3,7 %, avec la crainte d'une nouvelle escalade au Moyen-Orient et des doutes sur les volumes de diesel que la Russie peut fournir.

Sur le dossier du diesel russe, douze sénateurs américains, six démocrates et six républicains, ont demandé le 13 octobre à Donald Trump d'annuler l'accord sur le diesel conclu le 9 octobre avec Vladimir Poutine, qu'ils décrivent comme un cadeau à l'adversaire et une trahison des alliés.

Attaques en mer et contre des sites saoudiens

Lundi 19 octobre, les rebelles houthis du Yémen ont affirmé avoir lancé des attaques contre des cibles énergétiques, aéroportuaires et militaires saoudiennes, dont un site d'Aramco à Yanbu, le champ de Shaybah et les aéroports de Riyad et d'Abha.

Dans le Golfe, l'organisme britannique UKMTO a indiqué que deux navires commerciaux avaient été touchés le 16 octobre au large de l'Arabie saoudite : un pétrolier par une grenade propulsée tirée depuis une petite embarcation, l'autre par un projectile non identifié. Le lendemain, la Marine des Gardiens de la révolution iraniens a affirmé que deux superpétroliers, chacun chargé de plus de deux millions de barils, avaient heurté des mines dans le détroit d'Ormuz.

Le recensement des attaques reste incertain. L'UKMTO a dit peiner à établir le nombre réel d'attaques contre la navigation dans sa zone, selon Seatrade Maritime qui compte 29 alertes pour 28 incidents depuis le début d'octobre et 153 incidents depuis le 1er mars. L'UKMTO attribue cet écart au refus de la majorité des navires visés de transmettre un signalement. Le suiveur de navires Kpler a pour sa part rapporté qu'au moins 18 navires avaient été attaqués en deux semaines.

Selon une note de Goldman Sachs du 11 octobre rapportée, la prime de risque dans les spreads du Brent a atteint en moyenne 22 dollars le baril en septembre, deuxième niveau mensuel le plus élevé jamais enregistré, et le Dated Brent, référence des livraisons physiques en Europe, était récemment proche de 120 dollars le baril.

La banque relie cette prime à des stocks mondiaux hors stocks commerciaux de l'OCDE à un plus bas record, qui poussent les acheteurs à reconstituer rapidement leurs réserves.

Des flux depuis le Golfe difficiles à mesurer

Le secrétaire américain à l'Énergie, Chris Wright, a déclaré le 12 octobre, lors du congrès énergétique WPC à Riyad, que les flux de brut du Golfe avaient retrouvé 80 à 90 % de leur niveau d'avant-guerre, avec jusqu'à 14 millions de barils par jour (mb/j) transitant par le détroit d'Ormuz. Les données de Kpler, font état de près de 9 mb/j d'exportations pétrolières par Ormuz en octobre, soit 44 % des 20,6 mb/j de février, contre 13-14 mb/j en septembre.

Le suivi des navires est lui-même incertain. L'UKMTO a recensé 254 transits au cours des sept jours achevés le 14 octobre, soit environ 70 % de moins qu'avant le conflit. Seuls 42 ont été observés par le système AIS, les 212 autres provenant de transits facilités rapportés par les États-Unis, que l'organisme dit ne pas pouvoir vérifier de manière indépendante, alors que le commandant du Centcom, l'amiral Brad Cooper, a cité environ 400 transits sur sept jours.

L'Irak a annoncé que ses exportations de pétrole dépassaient en moyenne 3,4 mb/j depuis le début d'octobre, contre environ 3 mb/j en septembre, a indiqué le ministre du Pétrole, Bassem Mohammed Khudair. Il a cité trois voies d'exportation : le détroit d'Ormuz, le port turc de Ceyhan et des camions-citernes via la Syrie.

Les hypothèses de la BCE face aux cours actuels

Les projections macroéconomiques de septembre 2026 des services de la Banque centrale européenne, dont les hypothèses de marché sont arrêtées au 19 août, supposent un prix du pétrole de 88 dollars le baril en moyenne au troisième trimestre 2026. Le Brent est retenu à 89,5 dollars en 2026, 78,0 dollars en 2027 et 73,6 dollars en 2028. À titre de comparaison, le Brent a terminé à 108,79 dollars le 20 octobre.

Le scénario central de ces projections table sur une inflation de 3,0 % en 2026, 2,5 % en 2027 et 2,1 % en 2028 dans la zone euro. Les services de la BCE y ajoutent des scénarios alternatifs.

Le scénario « défavorable » suppose une hausse des prix de l'énergie plus forte et plus durable que dans le scénario central, avec une inflation de 3,1 %, 3,2 % et 2,3 % sur 2026-2028.

Le scénario « sévère » suppose un choc énergétique encore plus fort et plus persistant : l'inflation atteindrait 3,3 % en 2026, 5,4 % en 2027 et 3,2 % en 2028, et la croissance de la zone euro tomberait à 0,4 % en 2027, contre 1,4 % dans le scénario central.

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