
(Actualisation: commentaires du directeur général, précision sur l'objectif de marge au second semestre, réactions d'analystes)
Les trains n'arrivent toujours pas à l'heure chez Alstom. Six mois après sa dernière alerte, l'équipementier ferroviaire a lancé lundi un nouvel avertissement sur ses résultats, conséquence de retards dans son programme de trains électriques Coradia Max qui plomberont la rentabilité et le free cash-flow pour l'ensemble de l'exercice en cours.
Vers 12h20, l'action plongeait de 25,7%, à 11,75 euros.
"Au cours du premier semestre de l'exercice fiscal 2026-2027, des difficultés techniques supplémentaires ainsi que de nouvelles exigences en matière d'essais liées à la plateforme Coradia Max sont apparues. Parallèlement, le renforcement des revues de certains des projets de matériel roulant les plus critiques a permis d'améliorer la visibilité sur les risques d'exécution, les travaux supplémentaires nécessaires, les calendriers des projets et les répercussions sur d'autres projets", a souligné Alstom.
"Ces évolutions ont conduit à une révision des marges à terminaison de certains projets", a-t-il ajouté.
Le report des livraisons de Coradia Max concerne six contrats en Allemagne et en Europe centrale, d'une valeur de 5 milliards d'euros au total. Alors qu'ils devaient entrer en service dès la fin 2026, la livraison des premiers trains est repoussée de plus d'un an et devrait avoir lieu dans le courant du premier semestre 2028, a indiqué Alstom.
Ce report entraîne le décalage de paiements d'étape mais également des pénalités de retard, un "effet ciseau" qui explique la forte dégradation des perspectives pour l'exercice en cours, a souligné le directeur général du groupe, Martin Sion, lors d'une conférence téléphonique.
"Depuis ma prise de fonctions en tant que directeur général en avril 2026, j'ai demandé une identification rigoureuse et une remontée des risques et opportunités au niveau de chaque projet. Des équipes dédiées, composées d'experts d'Alstom, ont ainsi été mobilisées sur nos projets les plus critiques, notamment Coradia Max. L'annonce de ce jour reflète les conséquences de cet exercice, mené avec l'objectif de normaliser la performance du groupe dès le prochain exercice fiscal", a commenté le dirigeant.
Il s'est également dit "confiant qu'il s'agit du dernier rééchelonnement du calendrier de livraison du Coradia Max".
+ Un premier semestre dans le rouge +
Alstom a fait état lundi d'une forte dégradation de ses comptes au premier semestre de son exercice décalé.
Bien que son chiffre d'affaires ait crû de 3%, à 9,3 milliards d'euros, sa production a baissé de 8% par rapport à la même période de l'exercice précédent, à 1.860 voitures.
Sa marge d'exploitation ajustée a été négative, à -4% selon des chiffres non audités, contre une marge positive de 6,4% au premier semestre de l'exercice précédent.
Cette perte est due principalement aux difficultés techniques rencontrées sur le Coradia Max et à l'allongement de la période d'essais décidée par Alstom pour obtenir l'homologation des premiers trains.
Alstom a par ailleurs indiqué avoir consommé environ 1,25 milliard d'euros de trésorerie disponible au cours du semestre clos fin septembre, contre 740 millions d'euros un an plus tôt.
+ Rebond de la marge attendu au second semestre +
Pour l'ensemble de l'exercice qui s'achèvera à la fin mars 2027, Alstom prévoit désormais une marge d'exploitation ajustée de 1%, alors qu'il tablait auparavant sur une marge d'exploitation ajustée de 6,5%. Cela implique un rebond de la marge aux alentours de 6,5% au second semestre, a précisé le groupe.
Le flux de trésorerie devrait rester négatif à hauteur de 1,5 milliard d'euros pour l'exercice 2026-2027, alors que le groupe visait initialement un flux de trésorerie positif.
Alstom s'attend par ailleurs à une croissance organique du chiffre d'affaires de 2% à 4% pour l'exercice en cours, contre un précédent objectif de 5%.
Le groupe avait déjà abaissé ses objectifs annuels en avril dernier. Pour les analystes d'AlphaValue, ce nouvel avertissement est "catastrophique".
"Nous espérions que les problèmes d'exécution appartenaient désormais au passé et que l'entreprise était en bonne voie de redressement. Nous pensons que la confiance dans la capacité de la direction à redresser l'entreprise va être ébranlée", indiquent-ils.
+ Des cessions d'actifs en vue +
Face à cette dégradation brutale de ses comptes, le groupe a décidé de prendre de nouvelles mesures de désendettement.
"Le conseil d'administration est déterminé à maintenir une notation de crédit 'Investment Grade' solide. Il a par conséquent décidé d'engager une revue de l'ensemble des leviers organiques et non organiques envisageables afin de réduire la dette d'environ 2 milliards d'euros d'ici septembre 2027".
L'essentiel de ce désendettement passera par des cessions d'actifs, a précisé le directeur financier d'Alstom, Bernard Delpit, au cours de la conférence téléphonique.
"Les incertitudes associées au bilan et aux mesures qui doivent être prises d'ici à septembre pour éviter un downgrade [baisse de la note de crédit, ndlr] de Moody's vont peser sur le titre pendant plusieurs mois", commentent les analystes d'Oddo BHF.
Selon la banque, une participation de l'Etat à un éventuel renforcement des fonds propres pourrait être envisagé. Bpifrance détient actuellement 7,5% du capital d'Alstom. Interrogé sur ce point, Martin Sion a affirmé que le groupe ne discutait pas actuellement de ce sujet avec l'Etat.
Agefi-Dow Jones The financial newswire
