(Agefi-Dow Jones)--La politique de rémunération appliquée au directeur général de Stellantis, Antonio Filosa, est déconnectée des standards de bonne gouvernance et en décalage avec les intérêts de ses actionnaires, a averti lundi la société de gestion activiste Phitrust, quelques jours avant la prochaine assemblée générale (AG) du constructeur automobile.
Lors de l'AG du 15 avril prochain, les actionnaires de Stellantis seront appelés à se prononcer, dans le cadre d'un vote consultatif, sur le rapport relatif aux rémunérations des dirigeants exécutifs et non exécutifs de l'industriel au titre de 2025, a indiqué Phitrust dans un communiqué.
L'an passé, le rapport sur les rémunérations attribuées par Stellantis à ses dirigeants au titre de 2024 avait été approuvé à 67% des voix exprimées par les actionnaires et à 57,4% en tenant compte des abstentions. Les trois actionnaires de référence du groupe, c'est-à-dire les familles Agnelli et Peugeot (EPF), ainsi que l'Etat français, détiennent 46% des droits de vote grâce au mécanisme du droit de vote double, ce qui représentait 63,6% des voix lors de la dernière AG dont le quorum était de 72,4%.
Phitrust, qui s'était opposé dès 2022 à la structure et à l'opacité de la rémunération attribuée à 'ancien directeur général de Stellantis, Carlos Tavares, déplore que la politique de rémunération de son successeur, Antonio Filosa, soit déconnectée des standards de bonne gouvernance et des pratiques observées au sein des autres sociétés de l'indice CAC 40 ou du secteur automobile en Europe.
La société de gestion activiste estime que la rémunération d'Antonio Filosa au titre de 2025 pourrait s'élever à 9,5 millions d'euros, dont une part fixe de 1,4 million d'euros et une part variable de 5,8 millions d'euros à percevoir sous condition d'atteintes de critères de performances sur le long terme, dite LTI pour "Long Term Incentive". Ce montant de 9,5 millions d'euros représente 170% de la médiane de la rémunération totale des dirigeants de l'indice CAC 40 et 200% de la médiane de la rémunération des dirigeants des groupes automobiles en Europe, calcule Phitrust.
Le rapport relatif aux rémunérations des dirigeants de Stellantis au titre de 2025 indique qu'une majorité de la compensation d'Antonio Filosa est variable et "entièrement conditionnelles et dépendant de la performance de Stellantis, sans aucun montant garanti". Or, le conseil d'administration de l'entreprise a décidé l'attribution d'une prime en numéraire de 1,1 million d'euros versée chaque année de 2025 à 2027, afin d'assurer au directeur général "une rémunération globale cohérente et compétitive" jusqu'à ce qu'il commence à réellement toucher ses éléments de rémunération variable de long terme.
"L'octroi de ces montants, sans conditions de performance, introduit une incohérence avec les principes affichés, d'autant plus que le dirigeant bénéficiait déjà, au titre de ses fonctions antérieures, de plans de rémunération de long terme en cours d'acquisition", souligne Phitrust.
Pour la société de gestion activiste, ces décisions sont "difficilement justifiables pour les actionnaires", au vu notamment de "la mauvaise gestion du groupe" par Carlos Tavares, démis de ses fonctions en décembre 2024, qui a conduit Stellantis à accuser une perte nette de plus de 20 milliards d'euros en 2025. Et à une division par quatre de son cours de Bourse depuis mars 2024. Lundi, l'action Stellantis progressait de 1,6%, à 5,97 euros.
Pour toutes ces raisons, Phitrust appelle à voter contre le rapport relatif aux rémunérations des dirigeants de Stellantis au titre de 2025 lors de l'AG du 15 avril prochain.
Stellantis s'avancera ensuite vers une autre rendez-vous très attendu par les investisseurs: la présentation de son futur plan stratégique. Aux commandes du groupe depuis juin dernier, Antonio Filosa détaillera sa feuille de route pour les années à venir le 21 mai prochain. Le directeur général est notamment attendu sur la gestion du vaste portefeuille de marques du groupe, les priorités d'investissement, les arbitrages entre volumes et rentabilité, ainsi que sur la trajectoire d'électrification des marques généralistes.
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