Investir en Turquie : entre puissance régionale et risque monétaire

Par Sovanna Sek, le 04/02/2026

Située au carrefour de l'Europe et de l'Asie, la Turquie marque son territoire sur le plan géopolitique : puissance influente au Moyen-Orient et en Afrique, armada militaire, membre de l'OTAN, arbitre sur le conflit russo-ukrainien. La proximité géographique sur le conflit en Ukraine et au Moyen-Orient fait que c'est pays trop stratégique pour être ignoré. Ajoutez à cela, le contexte migratoire et économique en Europe qui l'incite à jouer le rôle de balancier.

Bien que la Turquie réussisse à sortir des taux de croissance digne d'un pays émergent par sa politique d'ouverture économique, elle fait preuve souvent d'une volatilité en raison d'une inflation instable à gérer. Sa fiscalité laxiste et le manque de crédibilité de sa banque centrale freinent les ardeurs de certains capitaux étrangers. Toutefois, les investisseurs peuvent s'intéresser à des opportunités à caractère géostratégique et domestique sur des secteurs très ciblés.

Dans cet article, nous allons explorer les opportunités et les risques d'investir en Turquie. De quelle façon ce pays dirigé par un étatisme fort, se distingue comme une puissance régionale ? Faut-il craindre un contournement des droits de douane de la Chine pour les entreprises européennes ?

Turquie investir risques

Une puissance régionale qui monte en puissance

La position géographique de la Turquie renforce son pouvoir d'influence tous azimuts. Premièrement, le détroit de Bosphore constitue un verrou stratégique entre la mer Noire et la mer Méditerranée. De plus, cet endroit gagne en influence en raison du conflit russo-ukrainien, ce qui explique en grande partie sa position diplomatique neutre vis-à-vis des deux pays.

Deuxièmement, la Turquie est un passage incontournable pour l'approvisionnement en gaz pour la majorité des pays du Vieux Continent, via les gazoducs Turkstream et le projet TAP (Trans Adriatic Pipeline). Troisièmement, l'Allemagne, première puissance européenne, qui a une communauté turque importante, garde des liens étroits tant pour des raisons économiques que politiques. Enfin, elle représente non seulement, un pont entre l'Europe et l'Asie dans la perspective du projet chinois de la Route de la Soie ou du corridor économique IMEC (Inde – Moyen-Orient – Europe), mais contribue à la stabilité du Moyen-Orient.

Depuis la chute de l'Union Soviétique au début des années 1990, la Turquie s'affirme comme une puissance régionale qui compte à propos des enjeux majeurs qui cristallisent le monde entier, et gagne ainsi en pouvoir d'influence au fur et à mesure que le cycle se déplace d'Ouest en Est.

Privilégiez les ETF pour la diversification

Face à la volatilité de la devise turque, investir directement sur les actions domestiques pourrait se révéler dommageable pour les portefeuilles libellés en euros ou dollars. Même un sous-compte en devise locale qui facilite l'accès aux actions turques, ne peut pas servir de passerelle d'une conversion vers un compte espèces. Pour investir au carrefour de l'Europe et de l'Asie dans un souci de mieux répartir le risque, les ETFs s'imposent comme l'alternative la plus résiliente.

Plus précisément, mon conseil est de vous orienter vers des émetteurs d'ETFs disposant d'un bon pedigree en Europe continental. Parmi eux, vous avez Amundi MSCI Turkey UCITS ETF (LU1900067601) d'Amundi Asset Management et Ishares MSCI Turkey UCITS ETF (IE00B1FZS574) de Blackrock. Ces deux fonds répliquent l'indice MSCI Turkey qui couvre les grandes et moyennes capitalisations boursières de la Bourse d'Istanbul. Toutefois, leurs approches respectives sont différentes.

Le fonds proposé par Amundi a recours à la réplication synthétique, tandis que celui géré par Blackrock utilise la réplication physique. L'autre point de distinction se situe au sujet de la politique de distribution de dividendes. L'ETF Amundi fonctionne par capitalisation, c'est-à-dire que les dividendes sont réinvestis. À l'inverse, l'iShares verse aux détenteurs de titres des dividendes deux fois par an.

Enfin, si vous souhaitez passer par des entreprises occidentales ou asiatiques, il faudra privilégier des secteurs porteurs comme la défense (le statut de la Turquie au sein de l'OTAN a pris une nouvelle dimension ces dernières années), les infrastructures et le commerce en ligne, ces deux derniers étant sous contrôle par les mastodontes chinois comme Huawei, ZTE et Alibaba, présents directement ou via des participations dans des sociétés locales.

Conclusion

Investir en Turquie relève d'une conscience à laquelle les investisseurs doivent naviguer entre deux frontières géopolitiques. Forte d'une empoigne étatique, elle collabore avec la Russie dans certains domaines tout en restant aligné avec les règles de l'OTAN. D'autre part, elle garde des relations politiquement correctes avec l'Iran, mais affiche sa sympathie avec Israël. Tout comme l'Inde, cette position double jeu ne facilite pas de véritables arbitrages.

Malgré des problèmes locaux à gérer (volatilité de la devise turque, fiscalité, indépendance de banque centrale), sa position géographique dans le globe pourrait la rendre incontournable dans le développement d'un hub économique, financier et militaire entre l'Europe et l'Asie. Si les ambitions économiques de la Chine et de l'Inde se transforment par des actes, nul doute que la Turquie en bénéficiera par voies maritimes et terrestres.

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