
Le marché du sucre fait face à de nouvelles incertitudes. Comme toute matière première agricole, il reste soumis aux aléas climatiques et macroéconomiques. Mais depuis 2023, l’essor des traitements agissant sur les récepteurs du GLP-1 ajoute une interrogation structurelle : dans quelle mesure ces médicaments pourraient-ils modifier les habitudes alimentaires et, à terme, la demande de sucre ? Les investisseurs commencent à intégrer cette évolution dans leurs anticipations pour l’industrie agroalimentaire.
Ozempic, Wegovy et Mounjaro sont des médicaments, et non des vaccins. Leurs indications diffèrent : Ozempic est destiné au traitement du diabète de type 2, Wegovy à la prise en charge du poids, tandis que Mounjaro est autorisé dans les deux indications, sous certaines conditions. Leur diffusion soulève des questions sur l’évolution de la consommation alimentaire. Pour en apprécier les conséquences potentielles sur le sucre, il faut examiner les équilibres de la production mondiale et les entreprises cotées exposées à ce marché.
Le sucre sous influence climatique et géopolitique
Environ 80 % de la production mondiale de sucre provient de la canne à sucre, contre 20 % de la betterave. Le Brésil occupe une place prépondérante, avec une production proche de 44 millions de tonnes pour la campagne 2025-2026, selon les données du département américain de l’Agriculture. La compétitivité de la filière dépend notamment de l’efficacité de ses infrastructures de transport et d’exportation.
L’Inde figure également parmi les principaux producteurs. Les décisions gouvernementales, prises notamment pour préserver l’approvisionnement intérieur et contenir l’inflation alimentaire, peuvent influencer les volumes disponibles à l’exportation. La Chine et la Thaïlande occupent elles aussi une place importante. En Europe, la production repose principalement sur la betterave sucrière. Les marchés asiatiques constituent, par ailleurs, des débouchés majeurs pour les exportateurs.
Cette concentration de l’offre expose le marché à des épisodes de forte volatilité. Les événements climatiques extrêmes, les restrictions commerciales et les perturbations logistiques peuvent modifier rapidement les équilibres entre production, consommation et stocks.
Les traitements contre l’obésité interrogent la demande de sucre
L’essor des traitements agissant sur le GLP-1, une hormone impliquée dans la régulation de la glycémie et de l’appétit, retient l’attention des investisseurs. Mounjaro agit également sur les récepteurs d’une autre hormone, le GIP. Selon les médicaments et leurs indications, ces traitements sont utilisés contre le diabète de type 2 ou pour la prise en charge du poids. Leur capacité à réduire l’appétit ouvre de nouvelles perspectives médicales, tout en soulevant des questions pour l’industrie alimentaire.
Une diffusion plus large de ces traitements pourrait peser sur la consommation de certaines catégories de produits, notamment les confiseries et les aliments très caloriques. Des groupes comme Lindt (LISN), Mondelez International (MDLZ), Hershey (HSY), General Mills (GIS) et Nestlé (NESN) sont donc concernés par cette évolution potentielle. Il serait toutefois réducteur d’attribuer leurs performances boursières à ce seul facteur : leurs perspectives dépendent aussi du coût des matières premières, des volumes vendus et de leur capacité à maintenir leurs marges.
La croissance de la consommation dans les pays émergents pourrait contrebalancer une partie des changements observés dans les marchés occidentaux. L’industrie agroalimentaire devra néanmoins adapter son offre à l’évolution des préférences des consommateurs. L’alimentation « plaisir » pourrait ainsi évoluer vers des portions plus petites ou des produits reformulés, sans nécessairement disparaître.
Les entreprises à surveiller
Au Brésil, Cosan et São Martinho (SMTO3) figurent parmi les groupes à examiner pour leur exposition à la chaîne de valeur de la canne à sucre et de l’éthanol. Adecoagro (AGRO) offre une exposition agricole plus diversifiée en Amérique du Sud, avec des activités dans plusieurs cultures ainsi que dans le sucre et l’éthanol. Ces entreprises ne présentent toutefois pas le même profil : leur sensibilité au sucre dépend du poids de chaque activité et de leurs choix industriels.
Aux États-Unis, Archer-Daniels-Midland (ADM) constitue une exposition plus large à la transformation agricole et aux ingrédients alimentaires, plutôt qu’un investissement directement centré sur le sucre. Son profil doit donc être apprécié au regard de l’ensemble de ses activités, de ses résultats et de sa politique de dividende.
En Europe, Südzucker (SZU) associe son activité sucrière à plusieurs métiers complémentaires, notamment les produits de spécialité, l’éthanol, l’amidon et les préparations à base de fruits. Le groupe allemand fournit aussi bien des clients industriels que certains marchés de consommation. Cette diversification élargit ses sources de revenus, sans supprimer sa sensibilité aux cycles agricoles et aux coûts de production.
Le sucre reste un marché exigeant pour les investisseurs. Une exposition directe à la matière première et un investissement dans un groupe agricole ou agroalimentaire répondent à des logiques différentes. L’essor des traitements contre l’obésité ajoute une incertitude de long terme, mais son effet sur la demande mondiale de sucre reste à mesurer. Pour les entreprises concernées, l’enjeu sera de préserver leurs marges tout en adaptant leurs produits à l’évolution des habitudes alimentaires.