
L’intelligence artificielle promet de créer de la valeur dans l’ensemble de l’économie, du secteur primaire aux services. Mais son développement se heurte à une contrainte très concrète : la capacité des infrastructures électriques à répondre à la demande. Derrière chaque puce de Nvidia ou d’AMD utilisée pour entraîner et faire fonctionner les modèles de Google, d’OpenAI et de leurs concurrents, il faut une alimentation électrique suffisante et fiable.
Derrière les promesses des géants du cloud et des fabricants de semi-conducteurs se cache une réalité moins spectaculaire. Sans des réseaux capables d’acheminer l’électricité nécessaire aux centres de données, la révolution de l’IA risque de buter sur des limites matérielles. Transformateurs, lignes à haute tension et convertisseurs d’énergie retrouvent ainsi un rôle central. L’économie numérique dépend plus que jamais d’une industrie traditionnelle longtemps restée dans l’ombre.
Un contraste saisissant entre la Chine et les pays occidentaux
La Chine a fait de la modernisation de ses infrastructures électriques un levier de développement industriel. En Europe et en Amérique du Nord, une partie des réseaux repose encore sur des équipements installés il y a plusieurs décennies. L’accélération des nouveaux usages impose désormais de renforcer ces infrastructures, conçues pour des besoins et des modes de production différents.
Aux États-Unis, le vieillissement des équipements constitue un défi majeur. En Europe, les réseaux ont fait leurs preuves, mais leur adaptation à la consommation future et à l’évolution du mix énergétique exige des investissements considérables. Les procédures d’autorisation et les difficultés de raccordement peuvent allonger les délais. Les choix énergétiques pèsent également sur la compétitivité industrielle : en Allemagne, la sortie du nucléaire et la rupture avec le gaz russe ont alimenté le débat sur le coût et la sécurité de l’approvisionnement.
La Chine investit massivement dans ses réseaux, parallèlement au développement des énergies renouvelables et de l’hydroélectricité. Le charbon conserve toutefois une place majeure dans son système électrique. Selon l’Agence internationale de l’énergie, les investissements chinois dans le transport et la distribution d’électricité étaient estimés à 88 milliards de dollars en 2025. Cet effort accompagne les ambitions industrielles du pays et sa recherche de sécurité énergétique.
Pourquoi ce secteur traditionnel suscite un regain d’intérêt
Sans avoir été le souffre-douleur de la cote, le secteur des infrastructures électriques n’a pas toujours suscité l’enthousiasme des investisseurs. La dépendance de certaines activités à la commande publique, des marchés matures et des perspectives de croissance parfois modestes ont pu limiter son attrait. Aujourd’hui, plusieurs évolutions lui donnent une nouvelle dimension.
Premièrement, le développement des centres de données accroît les besoins en électricité et en capacités de raccordement. Leur implantation peut se heurter à des contraintes techniques, mais aussi à des obstacles juridiques et à l’opposition des riverains. En Virginie, le projet Prince William Digital Gateway a ainsi été abandonné après une bataille judiciaire portant sur les autorisations d’aménagement. Cet exemple illustre les difficultés que peuvent rencontrer les grands projets, sans se résumer à un problème d’alimentation électrique.
Deuxièmement, les réseaux doivent accompagner l’essor des véhicules électriques, du stockage d’énergie et de l’électrification de l’industrie. Enfin, la transition énergétique impose d’adapter le système à une production plus décentralisée et, pour certaines sources, intermittente. Ces transformations ouvrent de nombreuses perspectives aux entreprises du secteur, avec une exigence commune : préserver la stabilité du réseau et la continuité de l’approvisionnement.
Un large éventail d’entreprises pour les investisseurs
En Amérique comme en Europe, les entreprises exposées aux infrastructures électriques ne manquent pas. Encore faut-il distinguer leurs métiers et leurs perspectives. Schneider Electric et Siemens Energy occupent des positions importantes dans les équipements et les technologies liés à l’électrification. Aux États-Unis, Eaton et Emerson Electric offrent également une exposition à ces besoins, avec des profils différents, notamment dans la gestion de l’énergie et l’automatisation industrielle.
Plus directement présents dans la chaîne d’approvisionnement électrique, Forgent Power Solutions (FPS) et Quanta Services (PWR) méritent aussi l’attention. Le premier conçoit et fabrique notamment des transformateurs et des équipements de distribution électrique. Le second intervient dans la construction et la modernisation des infrastructures, en particulier les réseaux de transport et de distribution.
Du côté des producteurs d’électricité, Constellation Energy et Vistra se distinguent par leurs accords avec de grands groupes technologiques. En Europe, Iberdrola, Engie, RWE et Enel disposent également d’actifs susceptibles de répondre à l’évolution des besoins énergétiques. La disponibilité de capacités de production et la maîtrise des réseaux donnent une nouvelle portée stratégique à ces entreprises.
L’acheminement de l’électricité nécessite aussi des kilomètres de câbles et de nouvelles connexions. Les spécialistes Nexans, NKT et Prysmian pourraient bénéficier durablement des investissements dans les réseaux et les raccordements. Leur capacité à transformer cette demande en commandes rentables restera néanmoins déterminante.
Les perspectives des infrastructures électriques reposent ainsi sur trois grands moteurs : les centres de données, l’électrification de l’industrie et la transition énergétique. La rivalité sino-américaine renforce leur importance stratégique. Le financement demeure toutefois une question centrale. Le coût du capital, les tensions sur les marchés obligataires et les délais de réalisation peuvent freiner les projets. Pour les investisseurs, la croissance attendue doit donc être mise en regard des valorisations et de la rentabilité des investissements.