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Pourquoi l'action Tesla pourrait encore chuter ?

Par Sovanna Sek ,le 06/02/2023;

Sovanna Sek

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Les actions de croissance que nous pensions résilientes face aux chocs de marchés, ont connu une année 2022 douloureuse. Pour preuve, les fameuses GAFAM se sont effritées les unes après les autres. Car depuis mars 2022, l'heure est au resserrement monétaire du côté de la FED au point que la prime de risque augmente sensiblement au regard de l'évolution du taux obligataire du Bond du Trésor américain sur les différentes maturités. Dorénavant, le cycle rapide de hausse de taux directeurs auquel nous assistons, les désavantage.

Mais depuis la mi-octobre dernier, un bruit ruisselle au sujet d'un éventuel pivot de la FED avec l'idée que cette fois-ci, ce serait différent par rapport à août dernier. Cela s'explique par la décrue continue de l'inflation dont bon nombre experts économiques la verraient à hauteur des 2 % dès la fin de l'année 2023. En ce sens, les actions de croissance se sont refait une petite santé. Mais une bonne partie d'entre elles restent à des années-lumière de leurs plus-hauts historiques, et en particulièrement Tesla.

En effet en 2022, l'une des actions fétiches des investisseurs particuliers a perdu près d'un tiers de sa capitalisation boursière. Avec une dernière vague de correction qui a marqué les esprits de bon nombre d'investisseurs. En effet et contre toute attente, le cours de Tesla a glissé brutalement, non loin des 100$, avec au passage l'enfoncement du support critique des 211$.

Suite aux derniers résultats trimestriels et des perspectives de croissance en 2023 à première vue rassurantes, le titre s'est ressaisi remarquablement. Néanmoins, il y aurait encore du pain sur la planche pour contrecarrer la tendance baissière, qui elle-même, semblerait être plus structurelle que prévue. Et d'un point de vue fondamentale, il existe de nombreuses raisons qui laisseraient à penser que l'action Tesla pourrait encore chuter en 2023. Si bien que 2022 ne serait qu'un apéritif.

Une concurrence qui rattrape son retard

Bénéficiant d'un temps d'avance par rapport à la concurrence, Tesla serait sur le point de se faire rattraper. Compte tenu que les véhicules électriques restent un marché à forte croissance où l'adoption de masse est loin d'être atteinte, la dynamique d'aujourd'hui ne pourrait pas être celle des prochaines années. L'arrivée de nouveaux entrants prouvent que l'avantage compétitif durable que possède Tesla, ne tienne qu'à un fil.

ventes autos électriques 2021

Ventes mondiales de véhicules électriques de janvier à septembre 2021

ventes autos électriques 2022

Ventes mondiales de véhicules électriques de janvier à septembre 2022

Si pour bon nombre constructeurs automobiles font leurs premiers pas sur le marché, les images ci-dessus nous montrent qu'ils parviennent à augmenter leurs ventes de véhicules électriques d'une année sur l'autre. Et bien que la croissance du volume de ventes de Tesla tourne autour des 45 %, ses parts de marché ont diminué de 14,7 à 13,3 % au niveau mondial. Alors que celles du chinois BYD qui enregistre plus d'un million d'unités vendues, sont supérieures à plus de 400 points de base, soit près de 17 %.

Dans la mesure où les constructeurs traditionnels qu'ils soient occidentaux ou asiatiques, maîtrisent la technologie et leurs chaînes de production respectives, le rattrapage face à Tesla s'imposera sous certaines conditions. Et imaginons que les véhicules électriques se démocratisent dans notre société, je ne verrais pas une majorité de foyers achetaient des modèles de Tesla.

Une baisse des prix et réduction de production en Chine

Durant le mois de décembre dernier, l'actualité autour de Tesla a été ponctuée de mauvaises nouvelles. Tout d'abord, l'entreprise a annoncé une réduction de la production de véhicules de 20 % dans son usine de Shanghai suite à une demande domestique, qui elle-même, ne serait pas peut-être à la hauteur de ses estimations. Ce qui prouverait que les constructeurs chinois grignotent des parts de marché comme le montre les images de la première partie. Alors que Tesla met sur le compte de la politique zéro-Covid.

Ensuite, Tesla propose officiellement des remises de prix importantes sur ses modèles en Chine, aux Etats-Unis, au Canada, au Mexique, puis récemment en Europe dans le but de booster ses ventes au dernier trimestre de 2022 et en début d'année. Cette décision a eu un impact favorable sur ses derniers résultats financiers en répondant en partie au consensus des analystes financiers. Cependant, elle pourrait être perçue à terme comme le signe révélateur d'une demande future plus faible. D'autant que les craintes de récession risqueraient de provoquer une contraction des dépenses de consommation de biens discrétionnaires.

Mais à long terme, son côté luxe a pris du plomb dans l'aile. Sans compter que son avantage compétitif durable sur la technologie des batteries devient peu précieux. Car à présent, les constructeurs automobiles traditionnels montent d'un cran à ce sujet à travers des alliances ou partenariats.

Une valorisation trop élevée

Dans un contexte de taux d'intérêt bas, les investisseurs n'ont pas assez accordé de l'importance sur les ratios de valorisation. Le fait que la prime de risque était relativement bas, leur incitait à privilégier la croissance au détriment de la solidité du bilan financier. Mais à présent, l'histoire est bien différente avec le cycle de hausse de taux le plus rapide de l'histoire de la FED. Ils feront attention à ne pas surpayer des dossiers survalorisés.

 

Cours/bénéfices (PE ratio) FWD

Cours/chiffres d'affaires (Price to Sales) FWD

Tesla

43,93

5,15

Ford

20,69

1,01

General Motors

7,24

0,95

Toyota

9,8

1,29

BMW

3,3

1,09

Volkswagen

2,68

0,89

Stellantis

2,71

0,16

Valorisations futures ou FWD (Forward) au 01 février 2023 (Source Seeking Alpha)

 Si nous comparons la valorisation de Tesla par rapport aux principaux constructeurs sur le tableau ci-dessus, force est de constater qu'elle demeure excessivement élevée, et ce, malgré sa dégringolade de fin d'année dernière, que ce soit au niveau du ratio cours sur bénéfices que celui du cours sur chiffre d'affaires.

Vers un pullback fatal dans la perspective d'une nouvelle vague de correction ?

Depuis son dernier plus haut historique en novembre 2021, l'action Tesla surfe sur une tendance baissière que cela déplaise ou non. Dans un premier temps, les bull ont cru à un échec du double top en début d'année 2022. Mais s'ensuit une glissade partant des 385$ jusqu'à la rupture des 267$ en direction des 211$ avec au passage, des cours sous les moyennes mobiles à 30 et 50 semaines (MM30 et 50 weekly).

action Tesla

Évolution du cours de Tesla en unités hebdomadaires

Après un sursaut estival lié à des anticipations fantaisistes d'une pause du resserrement monétaire de la FED, elle a buté sous la ligne descendante de son bear market à hauteur des 313$. Et dès fin octobre 2022, les bear ont enfoncé définitivement les 211$. Avec un mois de décembre calamiteux qui a vu les cours passer sous la moyenne mobile à 200 semaines (MM200 weekly) et atterrir sur le support des 104$.

Maintenant, à la faveur d'un mois de janvier excellent, Tesla a entamé un rebond technique lui permettant de revenir au contact de la MM200 weekly. Mais pas au point que la tendance baissière soit terminée. Car, nous avons des points hauts et points bas moins élevés que les précédents depuis novembre 2021. D'autre part, les cours se situent nettement en deçà de la ligne descendante. Sans compter que le MACD et le RSI se trouvent respectivement sous la ligne zéro et la zone de neutralité à 50.

Dans l'hypothèse d'un passage au-dessus de la MM200 weekly, nous aurions simultanément les 211$ et la MM30 weekly dans le viseur, qui eux-mêmes, risqueraient de donner du fil à retordre aux bull. À l'inverse, un potentiel pullback sous ces seuils évoqués fragiliserait l'action Tesla. Avec la perspective d'une rupture des 104$ qui l'enverrait en direction des 60-61$.

Conclusion

Tesla était une exception dans un secteur qui peine toujours à être attractif aux yeux des investisseurs. Mais désormais, le sentiment de marché corrobore à une réalité que l'entreprise d'Elon Musk n'est plus seul au monde dans les véhicules électriques. Et si les problèmes évoqués devaient perdurer, l'entreprise perdrait de sa superbe. Avec le risque qu'elle rentre dans le rang d'un constructeur automobile comme les autres. D'autant plus que son CEO devient un problème à cause de son rachat de Twitter et de son projet SpaceX.

Courir trois lièvres à la fois risquerait de se révéler improductif au point qu'il ne focalise pas sur Tesla. Tant que le marché n'est pas convaincu d'une sérieuse reprise en main de la part du fondateur, le constructeur automobile américain pourrait voir son cours de Bourse prendre encore la marée comme en fin d'année dernière. Au point qu'il ne serait plus dans le top 10 des premières capitalisations boursières du S&P 500.

De là à tirer un trait sur son modèle de croissance, nous n'en sommes pas encore à ce stade tant que l'entreprise travaille sur d'autres gisements de croissance. Car fort heureusement, le marché des véhicules électriques dispose d'une force de pénétration importante. Mais au fur et à mesure que les constructeurs automobiles proposent de nombreux modèles adaptés à une clientèle bien précise, ses parts de marché vont diminuer. Auquel cas, Tesla pourrait ne plus devenir la marque indispensable dans les véhicules électriques. Ce qui est en partie le cas en Chine.


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