
Les taux des obligations d'Etat de la zone euro continuent de monter lundi matin, sur fond de tensions géopolitiques persistantes, de nouvelle flambée du pétrole et d'interrogations sur l'intelligence artificielle (IA).
Vers 11h20, le rendement du Bund allemand à dix ans gagnait 2 points de base (0,02 point de pourcentage), à 3,54%. Le taux de l'OAT française à dix ans grimpait de 5 points de base, à pratiquement 4,50%. Le taux du titre italien de même échéance bondissait de 6 points de base, à 4,41%.
A la même heure, l'écart de taux ("spread") entre l'emprunt français et le titre allemand à dix ans poursuivait sa progression, à 97 points de base, selon les données d'Euronext. Il évolue ainsi toujours à son plus haut niveau depuis la mi-2012 et la crise de la dette dans la zone euro, d'après les données de Bloomberg.
Le rendement de l'obligation américaine à dix ans refluait quant à lui de 1 point de base, à 4,97%.
Dans un essai publié ce week-end, le patron d'Anthropic, Dario Amodei, a exhorté le secteur de l'IA à ralentir le développement des modèles d'IA de pointe afin de disposer de suffisamment de temps pour garantir que cela se fasse en toute sécurité. Le président-directeur général de SpaceX, Elon Musk, a appuyé ces propos, estimant que l'IA est potentiellement plus dangereuse que l'énergie nucléaire.
Parallèlement, dans un entretien accordé à Fortune, le directeur général d'OpenAI, Sam Altman, a indiqué que l'entreprise n'entrerait probablement pas en Bourse cette année, compte tenu de toutes les préoccupations en matière de sécurité. "Je pense en fait que, compte tenu de tout ce qui se passe en matière de sécurité, le moment serait mal choisi pour une introduction en Bourse, et nous ne ressentons aucune pression à ce sujet."
Sur le plan géopolitique, les tensions se sont accrues ces derniers jours au Moyen-Orient. Les rebelles houthis du Yémen ont indiqué lundi avoir visé des installations militaires en Arabie saoudite, rapporte l'AFP. L'Arabie saoudite aurait de son côté réalisé des frappes dimanche dans le nord du Yémen. Le ministère de l'Energie saoudien avait indiqué vendredi avoir fermé temporairement l'oléoduc Est-Ouest après des attaques, selon un communiqué de l'agence de presse officielle du pays SPA. Aucune date pour sa remise en service n'a été annoncée. Alors que le détroit d'Ormuz est toujours bloqué par l'Iran, les houthis tentent de verrouiller le détroit de Bab el-Mandeb par lequel l'Arabie saoudite exporte son pétrole via la mer Rouge sans passer par Ormuz.
Ces nouvelles tensions font flamber les cours du pétrole. Le contrat pour livraison en novembre du brent de mer du Nord progressait de 3,2% vers 11h20, à 107,95 dollars le baril.
"Difficilement imaginables en début d'année, les niveaux désormais atteints par les taux européens à dix ans dépassent allègrement les sommets observés en 2023, en plein choc inflationniste post-Covid, pour renouer avec des niveaux qui n'avaient plus été observés depuis la crise financière de 2008", souligne dans une note diffusée lundi Thomas Giudici, directeur de la gestion obligataire chez Auris Gestion.
"Le premier coupable semble tout désigné: l'inflation. La hausse des prix de l'énergie provoquée par le conflit au Moyen-Orient a ravivé les pressions inflationnistes et contribué à la remontée des taux. Cette lecture est particulièrement vraie sur la partie courte des courbes, directement influencée par les politiques monétaires des banques centrales, contraintes de maintenir, voire de relever, leurs taux directeurs pour lutter contre ces nouveaux chocs inflationnistes. L'explication est en revanche moins évidente lorsqu'on regarde les taux longs. Si l'envolée du prix du baril a logiquement participé à leur hausse au début du conflit, les anticipations d'inflation à long terme sont, depuis, restées globalement stables et bien ancrées. Difficile, dans ces conditions, de faire de l'inflation le principal responsable de la remontée récente des taux longs", ajoute Thomas Giudici.
Pour l'expert, le facteur "probablement le plus déterminant" est à chercher du côté de la prime de terme, avec des déficits publics qui se creusent au moment même où plusieurs banques centrales et d'autres acheteurs historiques étrangers réduisent la voilure dans leurs acquisitions d'obligations souveraines. Autrement dit, les investisseurs acceptent d'acheter de la dette de la zone euro mais à des taux plus élevés pour compenser un risque jugé accru.
Agefi-Dow Jones The financial newswire
