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Le fédéralisme avance masqué

Par Loïc Abadie, le 12/08/2011

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Avec la nouvelle étape de cette crise du crédit qui a commencé en 2007, nos élites qui ont si bien su gérer la crise du crédit depuis 2007 (après avoir gonflé la bulle de crédit qui en est à l'origine à coup de plans de relance keynésiens) souhaiteraient nous imposer une grande idée : le fédéralisme européen et son instrument phare : les eurobonds.

Cette grande idée est très simple :

Nous avons actuellement dans l'Eurozone 4 pays qui parviennent plus ou moins à avoir un budget pas trop catastrophique (bien qu’en déficit) : L’Allemagne, les Pays-Bas, la Finlande, l’Autriche. Ces pays représentent 113 millions d’habitants. Lorsque nous allons revenir à une situation de forte récession (y a-t-il encore quelqu’un qui en doute ?), ces pays devront de nouveau faire face à une chute de leurs recettes fiscales, et à de nouvelles dépenses liées par exemple au soutien de leur système bancaire qui va se retrouver en difficulté (je pense par exemple au leverage ratio de 35 de la Deutsche Bank), et auront sans aucun doute fort à faire avec leurs finances publiques.

Face à ces pays il y a tout le reste de l’eurozone, essentiellement l’Europe du Sud et la France (dont la situation budgétaire est presque aussi inquiétante). Environ 210 millions de personnes. Ces pays avaient déjà des budgets complètement dans le rouge en période de relatif beau temps (2010) et vont devoir faire à présent face aux mêmes problèmes (soutien au système bancaire qui a toutes les chances de se retrouver en difficulté à cause de la récession, demandes de prestations sociales liées à la crise, chute des recettes fiscales). Autant dire "mission impossible" pour eux...

La grande idée du fédéralisme européen, c’est que les 4 moins mauvais élèves (110 millions de citoyens, l'Allemagne essentiellement), qui auront déjà toutes les peines du monde à boucler leur propre budget avec la crise qui revient en force, vont pouvoir gentiment prendre en charge les dettes et les déficits de tous les autres pays (210 millions de citoyens, soit presque le double), selon le bon vieux principe socialiste qui consiste à faire payer les plus prévoyants et les plus responsables pour récompenser les plus irresponsables et les plus mauvais.

Pour cela, tous les pays d’Europe vont se regrouper dans la joie et la bonne humeur solidaire pour faire un nouveau super-emprunt de 2000 milliards d’euros appelé « eurobonds » (tout le monde sait, à condition d'avoir fait l'ENA, que lorsqu’on est surendetté, la bonne façon de régler le problème est de faire un nouvel emprunt encore plus gros pour payer les emprunts précédents).

Bien entendu cela va « relancer la croissance et l’emploi », et les dettes vont se rembourser toutes seules grâce à cette « croissance » (les précédents plans de relance par la dette réalisés en Europe nous montrent aujourd’hui le bien-fondé de cette approche).

Avec notre bon sens primitif et quelques notions de calcul de niveau collège (nous n’avons pas le niveau d’un brillant enarque-économiste qui multiplie les interventions dans la presse à la gloire des eurobonds et de la fuite en avant dans la dette, en accusant au passage les autres de se comporter comme Bernard Madoff), nous comprenons que cela ne peut en aucun cas marcher et une grande partie de la population des différents états européens n’y croit évidemment pas du tout. Ce projet ne passera donc pas politiquement.

C'est bien dommage pour la mouvance fédéraliste (pour résumer : une grande partie du PS, tout le centre, une large aile gauche de l’UMP, et même le Medef), qui voudrait quand même faire aboutir sa Grande Idée sans demander son avis à une masse de primitifs incultes appelés "électeurs".

La solution est simple : Il suffit de se passer de l’avis de ces primitifs en avançant par des « petits pas » sans éveiller l’attention (c’est une expression que j’ai eu l’occasion de lire sur plusieurs blogs centristes qui ont reçu la Lumière Européenne).

Dans cette optique, la BCE a commencé à racheter en masse les obligations italiennes et espagnoles, faisant chuter de 100 points de base les taux des emprunts à 10 ans de ces deux états, et le FESF, peut lui aussi emprunter pour racheter des obligations pourries d’Europe du sud. Et cette même BCE fixe à présent quasiment toute la politique économique de l'Italie (en attendant de s'occuper d'autres pays).

Nous avons ici clairement les premiers mouvements vers un fédéralisme qui avance masqué et contre l’avis des peuples européens. Mais je ne pense pas que nos euro-énarques avanceront ainsi très loin, la crise et ses réalités économiques se chargeront de pulvériser assez vite toutes leurs constructions. Et ce retour de boomerang achèvera de les discréditer pour longtemps.

Loïc Abadie

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