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Expérience
et Pratique de l'analyse technique par un
professionnel
Rencontre exclusive avec Gérard Sagnier,
responsable de l'analyse technique au Crédit Agricole Asset Management.
Nous avons interrogé ce spécialiste des chandeliers
japonais et du chartisme afin de découvrir comment il utilisait ces outils
pour analyser les marchés.
Abcbourse.com : pourriez vous décrire en quelques mots
vos fonctions ?
Gérard Sagnier : Mon rôle est de conseiller les
gérants de sicav du Crédit Agricole. Nous sommes l'une des plus grosses
gestions de capitaux sur les actions en France. Ce qui peut éventuellement
impressionner les investisseurs individuels est la taille des positions que
nous détenons. En effet, chaque variation, ne serait-ce d'un seul petit
pourcent des différents portefeuilles, représente des sommes très
importantes. Toutefois, les investisseurs particuliers doivent bien
comprendre que le fait de travailler dans l'environnement du Crédit
Agricole Asset Management ne change en aucune manière la difficulté de
l'analyse des marchés. Il m'arrive de me tromper comme tout le monde. En
outre, ma valeur ajoutée est difficilement quantifiable. L'analyse
technique est un domaine trop subjectif. Je suis en quelque sorte un "
input " pour le market timing des gérants. Ils s'appuient sur
l'analyse fondamentale pour prendre leurs décisions. Puis, certains
viennent me consulter lorsqu'ils passent à l'action. Cet échange est
souvent oral. Concrètement, ils peuvent passer à mon " desk " à
tout moment de la séance et me poser leurs questions qui tournent souvent
autour de la manière d'affiner leur timing d'intervention. Par exemple,
lorsqu'ils ont envie de prendre des bénéfices sur un titre, ils me
demandent mon opinion sur la configuration graphique. L'analyse technique et
l'analyse fondamentale sont complémentaires.
Abcbourse.com : Quelle est la place des chandeliers
japonais dans votre arsenal d'outils ? Et deuxième question, utilisez-vous
des indicateurs complémentaires ?
Gérard Sagnier : Les chandeliers japonais sont mon
outil numéro un. Je m'en sers à plus d'un titre. En premier lieu, avant
même la notion de timing, les chandeliers japonais sont une forme de
représentation des cours. Au même titre que les bars charts. Sauf que les
chandeliers apportent plus d'informations. Je les utilise donc en permanence
rien que pour afficher les cotations et suivre les marchés. Ensuite, au
niveau du timing, du fait de mes fonctions au Crédit Agricole Asset
Management, je suis spécialisé dans les retournements de tendance. En
effet, les scénarios de suivi de tendance n'intéressent guère les
gérants de sicav. Ils n'ont pas besoin de moi à ce niveau. Typiquement, je
chasse les retournements éventuels de tendance avec les doji. Imaginons que
j'en repère un sur un graphique. Je vais alors observer les autres
éléments des différentes écoles d'analyse technique, à savoir les
divergences sur les indicateurs de type RSI, les croisements de moyenne
mobile, la présence de résistances et supports, les ratios Fibonacci…
Les chandeliers japonais représentent l'allumage, les autres écoles devant
corroborer la présence du feu.
Abcbourse.com : Avez-vous un exemple concret pour
illustrer vos principes ?
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Gérard Sagnier : Prenons le CAC 40 Future
aujourd'hui, 2 décembre, en 5 minutes. Entre 10h20 et 10h30, alors que le
CAC 40 cote sur ses plus hauts, deux dojis successifs se manifestent !
Immédiatement, je " checke " la présence de divergence et j'en
trouve une sur le RSI. Elle n'est pas particulièrement éclatante, mais
bien présente. J'en conclus qu'une correction potentielle en intra day peut
se développer. Si un gérant vient alors me voir à ce moment pour acheter
sur le marché français, je vais tout de suite lui conseiller d'attendre
cette après midi. Ou même demain. En fait, de l'échelle de temps 5
minutes, je vais monter aux 15, 30 et 60 minutes puis, en format quotidien.
Afin de voir si la présence d'une faiblesse à très court terme n'est pas
également le signe d'un problème plus profond. Plus il y a d'éléments et
plus le jugement devient facile. Et en même temps, paradoxalement, les
risques d'éléments contradictoires augmentent. C'est un des pièges de
l'analyse technique. D'ailleurs, le fait de l'évoquer me fait penser à
l'impossibilité d'évaluer correctement le travail d'un analyste technique.
En effet, je suis par exemple aujourd'hui haussier en daily et weekly et
baissier en intra day sur le CAC 40 !!!
Abcbourse.com : Comment gérez vous précisément les
différentes échelles de temps ? Pensez vous que les chandeliers ont plus
ou moins d'importance en fonction de l'horizon d'investissement ?
Gérard Sagnier : Très clairement, plus on monte
en durée et plus la signification augmente. Parallèlement, le nombre de
signaux diminue. Un doji en 5 minutes n'a rien à voir avec un doji en
hebdomadaire. D'une manière générale, le format quotidien guide mon
analyse à court terme. Prenons l'exemple de l'Euro Stoxx 50. Le 19 et 20
novembre, deux marteaux consécutifs apparaissent proches d'un support. Donc
mélange d'analyse chartisme et de chandeliers japonais. Un signal d'achat
magnifique confirmé, par un avalement le lendemain, a débouché sur 5% de
gains. Un vrai cas d'école !
Abcbourse.com : comment pourriez-vous vous exprimer sur
la dimension psychologique des chandeliers ?
Gérard Sagnier : J'ai une image bien précise. Il
s'agit du jeu de la corde où des personnes tirent de chaque côté avec
toutes ses forces. Si les deux camps parviennent à se neutraliser, la corde
reste au centre. C'est le symbole du doji… Dans le cas inverse, un des
deux camps gagne en entraînant le milieu de la corde de son côté. Les
chandeliers japonais sont de plus en plus adaptés aux marchés financiers,
car la spéculation à court terme a pris une ampleur sans précédent
depuis quelques années, avec une volatilité élevée. Les marchés sont
donc devenus éminemment psychologiques.
Abcbourse.com : enfin, quels sont vos chandeliers
japonais préférés ?
Gérard Sagnier : Comme je vous l'ai dit, je ne
chasse que les retournements de tendance. J'utilise donc les dojis, les
marteaux, les pendus, les avalements et les étoiles.
Abcbourse.com : En dehors des chandeliers, les
analystes techniques utilisent beaucoup les droites de support et
résistance horizontales. Nous souhaiterions savoir quelle importance vous
leur accordez dans votre méthode d'analyse des marchés ?
Gérard Sagnier : les droites horizontales de
support et résistance ont une particularité : elles sont le point commun
à toutes les écoles d'analyse graphique des marchés. Elles représentent
la clé et la base pour la très grande majorité des intervenants,
commerciaux, journalistes, analystes, traders et investisseurs qui observent
les graphiques. Techniquement, je partage votre approche des droites
horizontales au détriment des droites de tendance obliques. En effet, la
mémoire des marchés est horizontale, il me semble. Dans la pratique, rien
n'est plus simple que ces droites de tendance. Généralement, plus il y a
de points constitutifs, plus l'indication est sérieuse. De même, plus
l'échelle de temps est longue et plus solides sont les signaux, un peu à
l'image des chandeliers japonais. Lorsque j'ai un signal à partir d'un
break de droite de tendance, je préfère rentrer immédiatement dés que la
résistance a été pénétrée, sans attendre aucune confirmation. Ce point
nécessite quelques explications. Si je confirme le break d'une résistance
à l'aide des chandeliers et des autres approches, je n'attends pas comme
certains, que le titre ou le marché casse par exemple 0,5% au dessus de la
résistance pour acheter. Je préfère rentrer immédiatement avec un stop
rapproché. En effet, si le marché recasse dans le sens inverse, ce n'est
pas normal : mieux vaut donc couper. Pour conclure, le problème avec les
supports et résistances est l'incertitude provoquée par cette technique
chez son utilisateur. Car acheter sur un break de résistance revient à
payer au plus haut des récentes cotations. Difficile dans ces conditions de
ne pas s'interroger : n'est-il pas trop tard pour acheter ? Hormis cet
inconfort, les droites de support et résistances sont un outil
incontournable pour les investisseurs en bourse.
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